« Parler de ses peines, c’est déjà se consoler. »

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L’année 2019 a été l’une des années les plus difficiles de toute ma vie, si ce n’est la plus difficile. Des deuils, j’en ai connu et des sévères. Deuil d’humains et deuil d’animaux. Mais un deuil comme celui que je vis depuis mars 2019, jamais. Chaque matin, se lever avec l’unique envie que la journée passe rapidement afin de retourner se coucher. Ne plus avoir envie de rien. Ne plus savoir ce qu’est l’enthousiasme, les bonheurs simples. Voir le temps défiler en se disant que la peine est tellement récente, et vivre l’éternité en souffrance.

Cette année 2019, je l’ai passée enfermée dans ma douleur et la solitude de ne pas pouvoir la partager. Malgré le soutien que j’ai pu recevoir, Ghost était mon compagnon à moi seule, c’était un lien unique.

Et j’ai mis du temps à accepter que je devais avancer, que rien n’irait mieux miraculeusement. Je n’allais pas me réveiller un matin en me disant « ah, ça y est, mon deuil est terminé ». Alors j’avais le choix entre continuer sur la même voie en attendant la fin de ma vie, ou essayer de construire autour de l’absence.

Pendant des mois, j’ai laissé la boîte qui contenait les cendres de Ghost sur un meuble sans y toucher. Je ne l’ai même pas ouverte. Je ne savais même pas ce qu’il y avait à l’intérieur, parce qu’on ne m’avait pas dit que ce n’était qu’une boîte, que l’urne était dedans, et qu’elle était en plus destructible dans le temps. Je l’avais récupérée telle quelle chez le vétérinaire, et je n’avais pas eu la force d’enlever le plastique qui l’entourait.

Il y a quelques semaines, j’ai appris que la société qui s’était occupée de l’incinération de Ghost avait été rachetée, et qu’une agence avait ouvert près de chez mes parents. Je ne sais pas trop pourquoi mais j’ai eu envie de rencontrer la personne qui la gérait. Alors j’ai pris un rendez-vous et nous avons longuement discuté, de son travail, du deuil animalier.

Et plus tard, j’ai enfin décidé de faire un pas en avant. Un tout petit. En achetant l’urne définitive qui contiendrait les cendres de Ghost.

Ça m’a fait quelque chose de voir la boîte s’ouvrir, de savoir que dans la pièce d’à côté, on se chargeait de transférer ce qu’il restait du corps de mon chien. J’ai vu les cendres, j’y tenais. Et je suis repartie avec l’urne qui a trouvé sa place dans ma salle à manger.

Dans le même temps, parce que j’ai compris que je n’étais pas capable de trouver la paix toute seule, j’ai pris rendez-vous chez un professionnel pour me faire aider. J’ai longtemps hésité, partagée entre la honte et la culpabilité, et maintenant que j’y suis allée, que j’ai parlé, échangé, je ne regrette pas mon choix. Ce n’est certes pas miraculeux. Je sais que le temps n’effacera rien et que l’absence de mon chien me tuera pour le reste de ma vie, mais maintenant, je sais que je peux commencer à construire autour de cette absence.

[J’ai visité] Le cimetière vert de Niort

J’ai profité de quelques jours de vacances chez une amie pour aller visiter le cimetière naturel de Souché, à Niort. Depuis que je suis un peu ce qu’il se fait dans le domaine funéraire et écologique, c’est un lieu que j’avais réellement envie de découvrir.

Ouvert en 2014 et pionnier dans ce domaine, c’est un cimetière pensé pour réduire au maximum notre empreinte écologique. Il jouxte un cimetière « classique », c’est une option pour les habitants de la ville et pas du tout une obligation. On peut être inhumé, et les cendres peuvent être dispersées dans un jardin des souvenirs, où les feuilles d’un arbre métallique arborent les noms des défunts.

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Comment ça se passe ? Les corps ou les cendres sont rendus les plus naturellement à la terre, avec des cercueils ou urnes biodégradables, et bien sûr, sans soins de conservation. Pas de stèle en marbre mais des pierres en calcaire où il n’y a parfois qu’un prénom. Pas de plaques mortuaires non plus, mais des cailloux peints par les proches. Les familles signent une charte si elles veulent accéder à ce cimetière, ainsi que les pompes funèbres qui s’engagent à ne pas réaliser de soins de thanatopraxie.

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Nous avons traversé le cimetière traditionnel pour arriver dans le naturel. L’atmosphère y est véritablement plus douce, plus respirable, plus vivante et sereine. C’est un lieu de recueillement accueillant, et j’ai trouvé ça très beau. J’espère qu’avec le temps (mais pas trop non plus), plus de municipalités feront le choix de ce type d’option funéraire !

Bonus : une petite vidéo présentant le cimetière.

[J’ai testé] Une formation sur le deuil animalier

Ce n’est plus un secret pour personne, je galère vraiment à accepter la mort de Ghost. Je connais en ce moment une nette amélioration (aka je n’ai plus envie de mourir dès que je me réveille), et dans les outils utilisés pour en parvenir là, j’ai suivi la formation en ligne proposée par Lynne Pion.

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Lynne Pion est une accompagnatrice réputée, spécialisée en gestion du deuil, de la résilience et de la confiance en soi. Elle a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet du deuil animalier et propose des ateliers, des formations, des conférences en lien avec différentes thématiques du deuil animalier.

J’ai découvert cette dame en cherchant des informations sur le deuil animalier, j’ai écouté son Ted Talk et lu quelques articles de sa plume. J’ai hésité à acheter son livre ou suivre sa formation… et puis je me suis décidée pour la formation. 🙂

La formation comporte six modules à suivre à son rythme. Ils sont composés de théorie sur le deuil, d’exercices pratiques et Lynne Pion donne à chaque fin de module une liste d’ouvrages de référence pour approfondir le sujet. Les objectifs de cette formations sont :

Définir ce qu’est un deuil
Définir ce qu’est le deuil animalier
Comment en parler en famille
L’euthanasie et la difficulté de choisir.
L’adolescent et son compagnon en fin de vie
Reconnaître différents types de deuil
Réfléchir sur le ou les deuils rencontrés dans votre vie
Connaître le processus du deuil en général
Être sensibilisé à l’importance de prendre soins de vous en tant qu’endeuillé
Découvrir différentes manifestations du deuil
Reconnaître les états du deuil
Créer vos propres outils pour apprivoiser votre deuil suite au décès ou au départ de votre animal de compagnie.

Alors, objectifs atteints ou non ?

La formation est très centrée sur soi. J’ai appris et compris certaines choses que je vivais, j’ai mis des mots sur des émotions et je me suis rendue compte de symptômes que je ne mettais pas forcément sur le compte du deuil alors que si.

Honnêtement, je ne suis pas équipée pour aider quelqu’un d’autre que moi après cette formation. Ce n’est pas le but des modules. Mais je suis plutôt satisfaite par le chemin effectué jusqu’ici.

Si vous êtes intéressé.es par cette formation, elle se trouve à cette adresse.

Adopter un nouvel animal

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Lors de mon précédent article flagué « deuil », j’ai soulevé un problème que je rencontre souvent lorsque je présente Hachiko aux personnes qui ont connu Ghost/qui savent que j’ai récemment perdu mon chien. Je n’en ai pas dit grand-chose alors, mais j’ai envie de m’étendre un peu sur le sujet.

Quand on perd un animal, la question d’en reprendre un se pose naturellement. Dans mon cas personnel, j’avais prévu d’adopter un chiot quand Ghost aurait 10/12 ans. Cela me semblait plus facile de faire ainsi, le chiot aurait déjà été à la maison à la mort de Ghost et je n’aurais pas eu à me poser la question. La vie en a décidé autrement et Jazzy est devenue le seul chien de la famille.

Il a été inconcevable pour moi de reprendre un chien à la mort de Ghost. C’était impossible, et cela, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, je pensais ne pas être capable d’aimer un nouvel animal et je refusais d’infliger cela à un chiot qui n’avait pas demandé à être adopté. J’avais déjà du mal à passer du temps avec Jazzy sans lui en vouloir d’être en vie et pas Ghost, et sans me sentir affreusement coupable d’être aussi horrible de penser de la sorte.

Deuxièmement, et c’est assez paradoxal, j’avais peur d’aimer un nouvel animal et de trahir Ghost. J’avais peur de le « remplacer ». Oui, vraiment. Je ne me faisais pas confiance de continuer à chérir la mémoire de mon chien, j’avais peur de passer à autre chose facilement.

Enfin, je ne souhaitais pas qu’un chiot vienne compenser ma perte. Je ne voulais pas qu’il porte sur ses épaules le poids de mon deuil et de ma tristesse. Ça aurait été égoïste de ma part, et de plus, une fois que ma peine serait atténuée, n’allais-je pas me lasser du nouvel arrivant ?

J’imagine que chaque cas est unique. Il y a des gens qui reprennent immédiatement un nouvel animal et d’autres qui ne pourront plus jamais caresser un chien de leur vie. On a beau écouter tous les conseils du monde, finalement, il n’y a que nous qui sachons ce dont nous sommes capables ou non. Moi je me suis posée des tas de questions. J’ai lu des articles de spécialistes, des témoignages. Je ne voulais pas chercher un nouveau chien, mais je n’étais pas fermée à l’idée. Enfin… ça dépendait des jours.

Parfois, oui, je voulais reprendre un chiot. Parce que je savais que les premiers mois, avec l’apprentissage de la propreté et l’éducation, allaient me prendre toute mon énergie et que je n’en aurais plus pour être triste. Mais le plus souvent, je voulais rester seule avec mes filles.

C’est finalement Ghost qui aura pris la décision pour moi au mois de mai.

Aujourd’hui, après presque trois mois de cohabitation avec ce nouvel arrivant, j’ai répondu à mes interrogations. J’aime Hachiko, comme j’aime Jazzy et Isatis. Je ne l’aime pas « à la place de » Ghost. Il m’aide dans mon deuil, oui, mais ce n’est pas lui qui en porte tout le poids. Je sais faire la différence entre mes animaux, vivants ou mort. L’amour ne se fractionne pas.

Il y aura toujours des gens pour vous dire qu’il faut absolument reprendre un animal après le décès d’un autre. Certains seront sincèrement soucieux de votre bien-être « remontez en selle après être tombé ! », d’autres vous le diront parce que pour eux, un animal, ça se remplace si vraiment vous êtes trop tristes.

Il y aura toujours des gens pour vous faire culpabiliser d’avoir repris un animal comme si vous aviez oublié celui qui est mort.

Moi ce que j’en dis ? C’est votre problème à vous. Vous êtes la personne la plus capable de faire les meilleurs choix pour vous. La seule chose que je puisse vraiment conseiller est de penser aussi à celui ou celle que vous allez adopter. C’est une nouvelle responsabilité.