Une empreinte dans le cœur

Ghost2

Aujourd’hui, cela fait 6 mois que Ghost est mort. Il y a des jours où ça va, mais soyons honnête, la plupart du temps, ça ne va pas du tout.

Les premiers temps ont été un cauchemar, et si on dit que la peine diminue avec le temps, j’ai l’impression que c’est tout le contraire. Plus les jours passent et moins je peux croire à la mort de mon chien. Je vois bien que maintenant, je sors Jazzy et Hachiko. Dans ma tête pourtant, c’est encore Ghost qui descend les escaliers avec moi. Les deux images se chevauchent, Hachiko joue avec Jazzy dans le jardin et ce que je vois, c’est la même scène avec Ghost. A chaque fois que j’ouvre la porte, j’ai toujours cette pensée que Ghost est encore là, derrière, qu’il est dans ma chambre avec moi la nuit. Si je ferme les yeux assez longtemps, je peux rester dans cette réalité où il n’est pas mort.

Je ne m’en sors pas. Pas du tout. Quand je ne pleure pas, emportée par un tsunami de désespoir, je suis irritable, furieuse. Je prends des accès de colère fulgurants, je m’en prends à tout le monde. Je peux me fâcher contre mes chiens et culpabiliser dans la minute qui suit mais le mal est déjà fait. Je ne ris plus. Je n’ai plus goût à rien. Je me mets des objectifs stimulants et le lendemain, ils deviennent dérisoires. Je me fais mal, physiquement. J’ai eu les cervicales bloquées, je me suis coincée l’épaule jusqu’à ne pas pouvoir en dormir. J’ai pris du poids, un kilo par mois passé sans mon chien. Je me force pour tout et je suis plus souvent à l’extérieur de mon corps qu’à l’intérieur, comme si je me condamnais à me regarder vivoter.

J’aimerais « me mettre un coup de pied au cul ». Je l’ai fait quand ma grand-mère est morte. J’ai transformé ma vie à cette époque et selon une expression qui tourne en ce moment, j’y ai mis des paillettes. On m’a demandé si une fois morte, je serais plus heureuse de revoir ma grand-mère ou mon chien. On ne peut pas mesurer une telle chose mais ce que je sais, c’est que je ne me remets pas de la mort de Ghost et que je ne trouve pas d’échappatoire.

Les seuls moments où je me sens enfin en phase sont quand je fais du bénévolat pour l’association Dans les Yeux d’Hulk. Ce n’est pas parce que je me sens utile ou que je fais une bonne action. C’est parce qu’à chaque fois, je peux discuter avec des gens qui ont perdu leur animal et je me sens alors moins seule au monde.

Le deuil « classique » est tabou, le deuil animalier est une sorte de secte que personne ne comprend si on n’est pas passé par là. C’est un deuil très difficile à faire : il n’est pas rare que l’on se sente presque honteux de « donner tant d’importance à un animal ». On peut pleurer un temps, mais vite, il faut se remettre et ne plus en parler. « Ce n’était qu’un chien/chat. » « Il y a des choses plus graves dans la vie. » « Tu es prête à donner tant d’argent pour récupérer les cendres d’un animal ? » « Oh ça va, tu n’as qu’à en prendre un autre ! » Tant de mots qui blessent et qui, quelque part, humilient la personne en deuil. Bien sûr qu’il y a des choses plus graves… ou peut-être que non ?

J’en viens à devoir me justifier d’avoir pris un nouveau chien dès que je présente le chiot. Non, Hachiko ne remplace pas Ghost. Non, Ghost n’était pas si peu important qu’il a été facile de reporter mon affection sur un autre chien. Je fais la différence entre ces deux chiens, à aucun moment je ne me suis dit que le chiot allait m’aider à passer à autre chose. M’aider à penser à autre chose, ça oui. Entre l’éducation et les pipis à nettoyer, je suis assez fatiguée pour tomber comme une masse chaque soir.

Quand on perd un animal, on perd avec lui l’amour inconditionnel qu’on lui portait et qu’il nous portait également. Un amour sans jugement et sans attente, qui a duré toute une vie. On perd une partie de soi, celle qu’on a placée dans l’animal, celle qu’il a portée dans son cœur jusqu’à la fin.

Le chemin est long pour retrouver un semblant de vie. Il faut apprendre à vivre sans cette présence qui était discrète mais qui prenait malgré tout beaucoup de place. Changer les habitudes d’un quotidien qui se trouve tronqué. Ne plus entendre les pas sur le parquet, les bruits de croquettes, les aboiements de jeu. Ne plus chercher du regard le réconfort du sien.

6 mois déjà que je me sens abandonnée. 6 mois que je me sens seule au monde.

 

(C’était le premier d’une série d’articles sur le deuil animalier. Vous avez ici mon ressenti face à la mort de Ghost, je vous donnerai dans le prochain certains outils que j’ai testé pour, vous savez, ne pas mourir de tristesse.)

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[SWAP] Nos animaux et nous

Qu’est-ce qu’un SWAP ?

C’est un échange entre deux personnes, sur un thème défini, de petites surprises (livres, gourmandises, bibelots, etc.).

SwapAnim

Quel est le thème de ce Swap ?

Oublions un instant que la France est championne des abandons d’animaux, et célébrons la relation de l’Homme avec l’Animal. Qu’ils soient compagnons quotidiens, totem, guides spirituels, ou objets de passion. Qu’ils vivent à nos côtés ou dans un lointain pays. L’Animal est intégré à nos vies.
Vous vouez votre vie à vos animaux ? Vous bataillez pour la sauvegarde des espèces menacées ? Vous vous sentez vivant.es rien qu’en parlant d’eux ? Que vous partagiez la vie d’animaux ou non, ce Swap est fait pour vous !

Les dates :

Les inscriptions se font jusqu’au 1r septembre, je vous donnerai le nom de votre swappé/e le 5.
Préparation des colis jusqu’au 31 octobre maximum, envoi dès que vous avez terminé !

Comment s’inscrire ?

En remplissant le formulaire suivant :

Je vous ferai alors parvenir un questionnaire à me renvoyer avant le 4 septembre.
Vous pouvez vous inscrire en binôme ! Pour les solos, je me charge de vous faire la surprise de votre swappé/e.
Ami.es hors de France, vous êtes également conviés (on s’arrangera pour les questions logistiques).

Qu’est-ce qu’on met dans le Swap ?

– 2 ou 3 livres/BD/mangas sur le thème
– 1 ou 2 surprises pour l’humain.e
– 1 ou 2 surprises pour l’animal (ou les animaux)
– 1 carte/lettre pour votre swappé.e
Facultatif : une lettre de votre animal pour l’animal de votre swappé.e !

Ceci est à titre indicatif, libre à vous d’en mettre plus si vous le souhaitez.

 

Partant.es ? J’attends vos inscriptions. ^_~

[J’ai testé] La psycho-photo

Si vous me connaissez un tout petit peu, mon aversion pour les photos de moi vous est familière. Pourtant, il y a quelques jours, j’ai pris rendez-vous pour un shooting.

Mais pas n’importe quel type de shooting. Il aurait peut-être été plus facile d’aller à une séance photos avec maquillage et tenue spéciale, comme je l’ai déjà fait par le passé. Mettre un masque, un déguisement, et jouer un rôle. Or là, je suis allée tête la première vers ce qu’il y a de plus naturel et personnel : une séance de « psycho-photo ».

Le concept m’interpellait depuis que je l’avais découvert sur le site de Jordan (que je vous laisse visiter pour découvrir ce qu’il propose). J’avais envie de tenter l’expérience et puis un jour, j’ai envoyé un mail pour prendre un rendez-vous.

Le 11 août dernier, direction les quais de Saône pour une heure de conversation assez… révélatrice. Jordan met assez rapidement en confiance, même les gens comme moi qui ont du mal à démarrer une discussion. Quelques questions ici et là pour relancer, des thèmes dont il fallait parler à cet instant, et les clics discrets de l’appareil photo, l’heure est passée très rapidement. Je savais avant d’y aller que nous allions parler de deuil, puisque Jordan est justement spécialisé dans la psychologie du deuil. Depuis Pandémonium, j’ai plus souvent l’occasion d’aborder ce sujet mais jamais dans un contexte psy et j’ai beaucoup appris de cette conversation. Autant sur le sujet-même que sur moi, d’ailleurs.

Après la séance, Jordan m’a fait un rapide bilan de notre conversation, sur ma posture, sur ce que j’ai dit et surtout pas dit. Puis, quelques jours plus tard, j’ai reçu les photos accompagnées d’un plus long bilan expliquant chaque cliché. Et j’ai encore beaucoup appris ! En voici quelques-unes, car pour une fois, je me trouve plutôt photogénique. (On clique pour avoir les photos entières. ^_~)

En conclusion, je suis ravie d’avoir sauté le pas. C’est compliqué de se dire qu’on va parler de soi pendant qu’on est photographié, et ça l’est encore plus quand on se rend compte que notre corps parle beaucoup plus que nos mots. Je bataille en ce moment avec mon deuil et un manque global de perspectives, Jordan a souligné des incohérences dans mes propos et m’a donné des pistes de travail.

Je n’ai jamais eu affaire à un psychologue donc je ne pourrai pas faire de comparaison mais je trouve que la photographie amène vraiment quelque chose de plus à une « simple » conversation. Alors que vous ayez besoin d’une séance ou non, je vous conseille vivement de tenter l’expérience.

Réflexions du dimanche

mde

Cette première partie de 2019 a été très challenging pour moi. J’ai remis en question à peu près tout ce qui constituait ma vie, jusqu’à être à deux doigts de claquer la porte au boulot et au village dans lequel je vis. Mais parce que je suis une grande fille maintenant (en tout cas, il y a des fois où j’essaie), j’ai attendu d’être en vacances pour poser tout ça à plat.

Depuis mon retour du Japon, je me pose encore plus de questions sur mon avenir. J’étais même prête à repartir à Tokyo en janvier. J’aime bien faire les choses quand j’en ai envie sans devoir me priver, et ils jouent la seconde partie du spectacle vu en juin, donc… Tenez-vous bien, j’ai renoncé à cette folie. Pas par manque de moyens ou d’envie, mais parce que j’ai réfléchi. (Eh ouais, ça arrive.)

J’ai un objectif de vie professionnelle qui ne va pas se construire en un mois. Je me suis donnée deux ans là où je travaille actuellement : dans deux ans, ma classe préférée sera partie au collège et je leur ai promis de ne pas partir avant. Dans deux ans, peut-être que je souhaiterai toujours être bibliothécaire. Ou peut-être que j’aurai avancé mon projet de vie et il sera temps de plonger dedans. En tout cas, pendant deux ans, au lieu de claquer de l’argent dans un voyage à Tokyo juste pour voir un spectacle, j’ai décidé d’utiliser cette somme pour me former. (Alors je ne dis pas qu’un voyage inopiné ne pointera pas le bout de son nez, mais pas en janvier.)

Il y a trois ans, j’étais vraiment partie pour bosser dans le funéraire, et il y a eu la bibliothèque. Je ne regrette pas du tout, j’ai appris plein de choses et rencontré des gens importants, et tout ça va me servir pour la suite. J’avais besoin de me retrouver à la campagne, j’avais besoin d’avoir un poste à responsabilités, et je pense que j’avais besoin de rencontrer les enfants de l’école. Mais voilà, aujourd’hui, c’est toujours un domaine qui m’attire.

Avec la mort de Ghost, c’est tout le domaine du deuil animalier qui m’intéresse. Autant la psychologie que les techniques de crémation, et « l’après ». Et avec Hachiko, je suis aussi désireuse d’en apprendre plus sur le comportement canin et l’éducation.

Ça va être deux années studieuses ! J’ai très envie de retourner sur les bancs de l’école également, mais tant que je bosse à la bibliothèque, ce sera compliqué. Vive les études à distance, vive les stages d’immersion, vive les rendez-vous professionnels !

Dans deux ans, j’aurai 35 ans. Je ne serai trop vieille ni pour reprendre mes études, ni pour décider de partir vivre dans un autre pays. (En fait, je ne serai jamais trop vieille pour quoi que ce soit, tout est dans la tête.) J’ai hâte d’y être et en même temps, j’ai aussi envie que ces deux prochaines années durent longtemps pour apprendre le maximum de choses.