Trouver sa place dans le monde littéraire

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L’écriture est un travail solitaire. Quand on commence, on le fait généralement seul. On travaille dans son coin, peut-être avec l’aide de bêta-lecteurs proches. Et puis vient le moment d’être publié, et il s’agit alors de trouver sa place dans le monde littéraire.

Il arrive qu’on la trouve presque immédiatement, parce qu’on connaît déjà les acteurs de cet univers pour avoir été en contact avec eux avant l’écriture, parce qu’on est avenant et que c’est notre nature, parce que… plein de raisons, j’imagine.

Et puis il y a ceux, comme moi, qui mettent des années à se sentir à leur place.

J’ai fait mon premier salon en 2012. Si au début, j’ai pu avoir l’impression d’appartenir à un groupe, le sentiment s’est très vite évanoui. J’adorais les salons, j’y allais toujours avec plaisir, mais j’étais aussi bien contente quand ils se terminaient que je puisse retourner à ma vie loin de toute cette agitation.

J’ai mis des années à ne serait-ce que considérer comme des copains des gens que je voyais tous les trois, quatre mois. Des années à me sentir à l’aise avec eux, à pouvoir dire « oh chouette, ils sont là, je vais pouvoir aller taper la causette ! ».

Dans le même temps, je sentais bien qu’il y avait un léger recul avec certaines personnes à cause de la maison d’édition dans laquelle j’étais publiée. Moi je ne comprenais pas pourquoi, après tout, mes romans étaient publiés comme les autres, j’avais travaillé dessus. C’est là qu’est arrivée la question de ma légitimité. Si des gens refusaient de me parler ou de connaître mon travail, c’était bien qu’à leurs yeux, je n’étais pas réellement autrice. S’ils me snobaient, il devait bien y avoir une raison, et j’ai longtemps pensé que c’était moi.

J’ai pris conscience du problème récemment, quand je me suis mise à fréquenter de nouveaux cercles. C’est là qu’on m’a expliqué pourquoi. Je ne vais pas dire que j’étais soulagée car ce serait faux. Invalider des auteurs parce que la maison d’édition véhicule une image qui n’est pas au goût de certains, c’est se priver de découvrir des choses, déjà, et c’est aussi fermer la porte à cet auteur.

Cette porte, j’ai finalement réussi à l’ouvrir un peu par hasard. Mais je ne me sens pas plus légitime maintenant. Le mal est fait, je me poserai toujours la question sur mon travail. Pourquoi serait-il soudain devenu intéressant alors que pendant des années, on lui a jeté des regards en biais ? Est-ce que maintenant, je connais les bonnes personnes alors on peut venir me parler sans risquer l’opprobre ? C’est un peu comme si je venais d’apparaître. Même moi, je me force à réaliser que j’ai 5 romans derrière moi. Je dois m’accrocher à cette réalité parce que j’aurais vite fait de renier tout ce que j’ai fait jusqu’à présent.

Bon, je me rends compte que je dois mettre une note : je ne reproche à personne de ne pas savoir qui je suis ou ce que j’ai fait avant (faut pas déconner non plus). Je reproche le regard méprisant de ceux qui ne voulaient pas savoir. D’ailleurs, on peut élargir ma situation à celle des auteurs publiés dans des petites maisons que boude le public, ou même encore plus globalement, des auteurs de l’Imaginaire un peu oubliés de l’univers littéraire.

Cette question de ma légitimité me taraude toujours, et très souvent. J’ai une petite place dans le milieu littéraire lyonnais, je me suis fait des copains puis des amis. J’arrive à parler avec des gens que je regardais de loin sans jamais oser faire autre chose que sourire. Mais quand je suis sur un stand avec eux, je me demande encore ce que je fais là. Est-ce que je mérite cette place, est-ce qu’ils n’ont pas simplement pitié de moi, est-ce qu’ils se foutent de moi quand je pars ou est-ce que je leur fais du tort en étant près d’eux ?

Parfois, je suis super heureuse de passer un moment avec eux. Je les considère vraiment comme ma famille littéraire. Je les adore, j’ai envie de bosser avec eux sur des tas de projets, de m’investir avec eux.
Et à d’autres moments, je ne me sens tellement pas à ma place que j’ai juste envie de m’enfermer chez moi et de ne revoir personne.

À quel moment se sent-on réellement auteur ? Quand on écrit, quand on termine un manuscrit, quand on est publié, quand on est publié dans une grosse maison d’édition, quand on fait des milliers de vente ou quand nos pairs « valident » notre statut ? Je pense que chacun a sa propre réponse. Moi, ça dépend des jours.

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7 réflexions sur “Trouver sa place dans le monde littéraire

  1. 😦 si tu te poses ces questions et que tu te sens mal avec 5 romans et le petit cercle litté auquel tu appartiens, je sens que je vais aussi vachement peiné à me « légitimiser ». Mais tes questionnements sont justes. Tout le monde ne se remet pas en cause.
    Courage !
    J’espère que tu trouveras ta place et ta légitimité rapidement !

    Aimé par 1 personne

    • Je pense que c’est très personnel comme raisonnement, peut-être que je ne me sentirai jamais légitime et toi tu la trouveras rapidement (je te le souhaite en tout cas !). ^^ Tant que ça n’empêche pas d’écrire !

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      • :s heureusement que la légitimité n’empêche pas d’écrire….sinon, comment essayer de la trouver lol.
        Mais perso, je pense que ca n’empêche pas d’écrire, mais d’aller au délà…vers l’éditeur.
        😦 et entre un syndrome de l’imposteur et une recherche de perfection impossible….je suis pas sortie de l’auberge….XD surtout que j’ai pas assez de revenue pour la payer l’auberge kof kof :p
        Allez, avancons et on verra bien…

        Aimé par 1 personne

      • Ça pourrait être un sacré cercle vicieux. ^^ Mais je comprends qu’on puisse arrêter parce que c’est démotivant. Après, oser aller chercher un éditeur… ouais, c’est se dire qu’on a fait un boulot assez bon pour être lu par quelqu’un de pro. Un grand pas aussi. 🙂
        Finalement, c’est toujours bien de se remettre en question, mais il faut aussi savoir arrêter de se prendre la tête (et c’est dur). 😉

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  2. Un auteur d’uchronie fantastique n’avait jamais reçu le moindre signe d’attention, le moindre mot de ses collègues profs sur ses romans, y compris quand il en parlait sur son FB public. Pas un like, pas un « bravo » de courtoisie, rien. Comme si c’était honteux.
    Et puis un jour, un de ses romans a eu une bonne critique dans Télérama. Suite à ça, plusieurs collègues lui ont envoyé des messages de félicitations, ont lu les romans, commenté, etc. C’était devenu du fantastique « respectable » car adoubé par Télérama…
    *soupir*

    Aimé par 1 personne

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