Un semblant de rigueur sur le blog… Hem.

Je me rends compte qu’il faudrait que je sois plus assidue sur le rythme de mes publications. Le rendez-vous du jeudi avec les « Petits Bonheurs » est déjà un pas dans cette direction, et il est temps de poursuivre ce travail.

J’ai donc décidé de mettre en place trois rendez-vous hebdomadaires. Trois jours par semaine, toujours les mêmes, je posterai un article selon un thème défini. Ce sera le minimum, je ne dis pas que je me restreindrai si l’envie m’en prenait. ^^

Ces rendez-vous, quels seront-ils ?

  • Le Jeudi : Mes Petits Bonheurs de la semaine (déjà lancé)
  • Le Mardi : Ecriture (mes projets, les salons, mes « trucs d’autrice »)
  • Le Dimanche : Un sujet perso, un événement de la vie, une réflexion, etc.

Je voulais commencer aujourd’hui mais j’ai eu du mal à pondre un sujet, alors ce sera pour la semaine prochaine. 😉

D’ici là, si vous avez des idées d’articles, des questions auxquelles vous voulez que je réponde dans un post, tout ça, n’hésitez pas à me laisser un commentaire ou à m’envoyer un mail !

Et à jeudi pour mes bonheurs de la semaine. ♥

On court, et on court.

12631488_10208499961237242_6608968295487814368_n

Je n’aime pas laisser mon Terrier inoccupé pendant trop longtemps, et pourtant, il n’y a eu aucun sujet depuis le 23 janvier. Soit presque deux semaines. Deux semaines interminables, durant lesquelles j’ai couru dans tous les sens. Et quand je n’avais rien à faire, guess what? Je dormais, oui.

2016 a commencé sur les chapeaux de roue. C’est bien simple, nous sommes le 5 février, et j’ai l’impression que le 1r janvier, c’était il y a 15 ans 1/2.

J’ai/avais des deadlines : le 31 janvier pour l’envoi d’une nouvelle dans le cadre d’un appel à textes. Le 19 décembre 8 janvier 5 février 15 février pour faire le journal des TAP de la ville où je bosse. Le 14 mars pour mon rapport de bibliographie.

Des rendez-vous, aussi. Dans des bibliothèques pour préparer des ateliers avec des enfants, avec un conseiller funéraire pour bosser sur mon prochain roman.

Je suis allée voir un match de roller-derby, j’ai fait ma première dédicace de l’année, je suis allée pour la 1re fois toute seule sur la tombe de ma grand-mère et je n’ai pas pleuré. Enfin, si, un peu, mais après.

J’ai été hyper enthousiaste parce qu’on m’a proposé d’aller au Salon Fantastique de Paris à la fin du mois. J’ai été super démotivée parce que j’étais fatiguée. Je me suis souvent énervée parce que j’aime pas bien être prise pour une saucisse.

J’ai un peu écrit, mais pas assez.

Bref. J’ai passé un mois de janvier bizarre, et j’essaie de ne pas réitérer avec février.

Parfois, on n’a pas envie.

J’aime procrastiner. À la fin d’une journée glandouille, il y a peu de chance pour que je me retrouve à culpabiliser. Ça fait du bien de ne rien faire, parfois !
Bien sûr, j’aime aussi me coucher avec le sentiment d’avoir eu une journée productive. Ça me rend heureuse, accomplie.

Et puis il y a les jours sans. Les journées tristes, sans entrain, où ne serait-ce qu’allumer l’ordinateur me donne envie de soupirer d’ennui. Je regarde ma liste de choses à faire, celle que j’aime tellement allonger puis réduire, et qui me rend maussade quand elle est vide. Je la regarde, et je soupire. Non, décidément, ce n’est pas le jour.

Il y a le blog à mettre à jour. Demain.
Il y a les corrections du prochain roman à boucler. Demain.
Il y a un message à poster sur un forum. Demain.
Il y a un email à répondre. Demain.
Il y a un stage/projet à chercher/mettre en œuvre. Demain aussi.

Ce n’est pas de la fainéantise, ce n’est pas que j’ai autre chose à faire à la place. Je n’ai juste pas envie. Rien n’a d’intérêt. Est-ce que ça en vaut la peine ? Est-ce que vraiment intéressant ? Est-ce que je ne ferais pas mieux de laisser tomber complètement ?
Et alors que la procrastination ne me fait pas culpabiliser le moins du monde, manquer d’entrain pour travailler sur mes projets, ça, par contre, ça me chafouine.

Ça passera, comme dirait l’autre. En attendant, culpabilisons.

Ma p’tite mamie. ♥

2015-07-12 09.06.18a

Ma mamie Renée, elle est née le 11 février 1940 à Annonay. C’était la guerre, elle s’en souvient. De ce moment terrible où des officiers nazis étaient entrés dans la cuisine où elle était cachée avec sa maman et d’autres membres de sa famille. Ces officiers qui ont fait semblant de ne pas remarquer les bottes d’un homme, dans le recoin de la pièce.

Mamie est la seconde d’une fratrie de six enfants. L’été, elle allait garder les vaches, dans les champs. Elle était l’ennemi numéro 1 des hannetons, à qui elle plantait des pailles dans le derrière. Son plus grand regret ? Avoir été obligée d’arrêter l’école parce qu’elle devait aider sa maman à s’occuper de ses frères et sœurs à la maison. Mais si elle n’a pas pu avoir les diplômes qu’elle voulait, mamie a compensé en apprenant toute seule, et sa culture est gigantesque.

Mamie a rencontré mon grand-père, ils se sont mariés en 1965, toujours à Annonay. La même année naissait leur premier fils, puis ma maman à moi, ma marraine, ma tante et enfin mon oncle préféré en 1976. Mamie les a élevés tous les cinq. Exerçant différents métiers lorsqu’il fallait faire rentrer de l’argent pour le ménage, elle a finalement posé ses valises en choisissant la profession qui lui permettrait de profiter de ses enfants comme de ceux des autres : assistante maternelle.

En 1986, encore à Annonay, c’est elle qui, la première, a tenu le bébé en avance que j’étais. Ma maman avait 19 ans, mon papa était sur le point de passer son BTS en région parisienne. Elle était présente, aux côtés de sa fille à peine sortie de l’adolescence. Pendant huit mois, j’ai habité avec elle, avec ma maman, mes tantes et mon oncle. J’avais mon armée de serviteurs toujours à mes soins. Je ne m’en souviens pas, mais ma marraine aime à me rappeler les nuits passées dans l’amour et la fatigue à essayer  à tour de rôle de me faire dormir.

Lorsque j’eus 8 mois, mon père a finalement trouvé un travail qui lui permettait de nous faire venir, ma maman et moi. Mamie a avoué, bien des années plus tard, avoir pleuré toutes les larmes de son corps de nous voir quitter son nid.

Direction le Val d’Oise, où nous sommes restés onze ans. Mamie venait nous voir, parfois seule, parfois avec papi et mon oncle préféré. Nous redescendions à Annonay pour les vacances, en TGV ou en voiture. Le pont bleu de Serrières signifiait l’arrivée imminente. Chez mamie, il y avait cette odeur qui n’appartenait qu’à ce lieu. Ces câlins d’arrivée que nous attendions avec impatience. Et toujours, cette petite peur que j’avais de me tromper d’étage et d’entrer chez des gens que je ne connaissais pas (pour l’anecdote, j’ai effectivement poussé la porte un étage trop tôt, une année…). Je jouais avec ses bijoux. C’était un rituel. Le coffre était posé sur un meuble, dans la salle à manger, et elle me le descendait pour que je puisse fouiller dedans. Sa bague de fiançailles était ce qui m’attirait le plus, beau bijou en or blanc serti d’une améthyste. Mais c’était interdit d’y toucher. Alors je prenais ses boucles d’oreilles en or jaune et constellées de morceaux d’améthyste, c’était bien aussi.

Mamie s’est occupée de ses parents, malades. C’est une chose que je pensais ne jamais pouvoir accomplir. Mamie était forte comme ça, toujours à penser aux autres avant elle. Son papa s’en est allé, puis sa maman.

Je fête mes onze ans, papa est muté dans la région lyonnaise. Une heure et demie nous sépare de mamie ! Elle était là pour la rentrée dans mon nouveau collège, à vouloir venir me rechercher parce que j’avais l’air triste. Elle est venue m’aider à faire une machine à laver parce que maman était à la maternité. Elle m’a sûrement sauvé la vie lorsque j’ai fait une grosse bêtise, m’emmenant là où il le fallait envers et contre l’avis de gens qui la traitaient de sorcière.

Mamie, elle appelait souvent. Mais bizarrement, ça tombait toujours quand mon moral était bas. Après, ça allait mieux. Elle disait que toutes les deux, « on avait un lien spécial ».

Lorsque je suis partie en Angleterre pour la première fois, à treize ans, je lui ai ramené un dé en porcelaine. Ce fut le premier d’une grande collection à laquelle tout le monde a collaboré, jusqu’aux  petits à qui elle faisait le catéchisme il y a quelques années.

Pour mes dix-huit ans, mamie a fait nettoyer sa bague de fiançailles, retiré l’améthyste, et fait sertir une émeraude, ma pierre préférée. Et elle me l’a offerte, pour qu’un jour peut-être, je la donne à ma fille ou à ma petite-fille.

Il y a cinq ans, Papi est tombé malade, mamie s’est occupée de lui, toute seule, sans aucune aide. Elle n’a pas voulu d’infirmière, elle a géré les soins elle-même. Puis, quand il est parti, elle a fait les papiers qu’il fallait. Elle a toujours tout géré.

La même année, mamie a fêté ses 70 ans. Nous lui avons fait une surprise en réunissant ses dix petits-enfants pour manger avec elle. Ce jour-là, nous lui avons offert un cahier, où tous les dix, nous avons écrit, dessiné. Depuis, mamie y collait toutes les cartes, les lettres, notait les cadeaux qu’on lui faisait, les événements qui marquaient nos vies. C’était son cahier secret, son lien avec nous.

Les années ont passé. Mamie était toujours là, solide comme un roc, une blague jamais loin, des conseils avisés et des histoires truculentes à nous raconter. Je lui parlais de tout. C’était la seule à qui je me confiais sur certains sujets. Elle était un peu déçue que je ne me marie pas à l’église, mais elle ne l’a pas dit.

Avril 2015, ma maman avait décidé de nous offrir une place pour aller voir Celtic Legends, à Lyon. C’était mon cadeau d’anniversaire de mai, et le cadeau de fête des mères pour mamie. Elle nous faisait rire avec son bonbon à la menthe, qu’elle suçotait puis remettait dans son papier en attendant la prochaine envie de sucré. Mamie était fatiguée, plus que d’habitude. Nous avons discuté pendant le trajet, de tout et de rien, comme toujours. Mamie savait écouter, mais cette fois, c’est moi qui écoutais. Elle était exténuée, avait du mal à se déplacer, avait une tension bien trop haute. On lui fait promettre d’aller voir le médecin en rentrant chez elle.

Elle l’a fait.

La suite ressemble à un cauchemar, le pire cauchemar de mamie : les urgences, l’hôpital, le diagnostic. Mon anniversaire passé en soins palliatifs. Puis l’hospitalisation à domicile. Ma maman et sa fratrie, ensemble pour mamie. Des nuits blanches, des peurs, des pleurs, une dépendance honnie, mais aussi de l’espoir, de l’amour, du rire, de la fierté.

Et le 8 juillet 2015, le dernier souffle. Le soulagement pour elle.

Le 11 juillet, nous avons assisté à la mise en bière et à la fermeture du cercueil. C’était la dernière fois que nous voyions le visage de mamie, si lisse, si serein, si loin de la souffrance de ces derniers mois. Elle avait avec elle son chapelet, et son livre secret de ses petits-enfants. La cérémonie à l’Église fut à son image, belle et pleine de tendresse. Puis la fin, la crémation, avec ce dernier mot venu des étoiles :

« Les gens ont des étoiles qui ne sont pas les mêmes. Pour les uns, qui voyagent, les étoiles sont des guides. Pour d’autres elles ne sont rien que de petites lumières. Pour d’autres qui sont savants elles sont des problèmes. Mais toutes ces étoiles-là elles se taisent. Toi, tu auras des étoiles comme personne n’en a…
– Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j’habiterai dans l’une d’elles, puisque je rirai dans l’une d’elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles. Tu auras, toi, des étoiles qui savent rire ! »

Aujourd’hui, je me souviens de la femme forte, de la figure maternelle. De cette voix sérieuse puis tout à coup, blagueuse. De ses petits gestes, de sa démarche. De son rire lorsque je commençais  nos conversation par un « bonjour, mon p’tit ». De son aide précieuse face aux problèmes que je pensais être la fin du monde pour moi. Je me souviens de cette femme, de ma mamie Renée, pilier de notre famille. Et je me souviendrai toute ma vie de ces deux mois passés à son chevet, entourée de ceux qui ont mis entre parenthèse leur propre bien-être pour lui rendre un tout petit peu de tout ce qu’elle avait fait pour nous. Aujourd’hui, je suis fière d’avoir assisté à cet échange. Fière de ma maman, de ma marraine, de mon oncle préféré, de mes cousins et de ma cousine. Aujourd’hui, le monde semble bien vide et dénué d’intérêt. Demain, nous nous souviendrons de tout ça, et nous serons ensemble.

Dans la douleur de la perte, mamie nous a tout de même laissé un dernier cadeau : les liens familiaux, resserrés, plus forts, la découverte de racines que je pensais avoir perdues.

Aujourd’hui, nous avons vidé son appartement. Je ne voulais rien, mais je ne pouvais pas jeter. Alors j’ai pris des photos. J’ai pris les boucles d’oreilles en améthyste. J’ai pris le meuble dans lequel elle entreposait les dés qu’on lui ramenait de vacances. Et parce que je ne savais pas quoi en faire, j’ai repris les romans que je lui avais signés, qu’elle avait tous lus et relus, tout en pensant que le prochain, elle ne le lirait pas. Et je me suis souvenue d’un événement qu’elle n’avait jamais raconté, mais que ma maman avait voulu que je sache :

Ma première longue phrase fut quelque chose comme « hoho pou eti ». Personne ne comprenait ce que voulait ce bébé un peu énervé d’être incompris, et souriait poliment en attendant que mon envie passe. Mamie a entendu, et m’a tendu mon premier stylo. Elle, elle avait compris.

Merci, mamie, pour tout ce que tu as fait. Pour ce stylo que tu as mis dans ma main, pour les conseils et les histoires, pour la force et la volonté, pour avoir été là. J’espère que tu peux enfin te reposer, là où tu es. J’espère que ton étoile brillera à tout jamais.