[À la découverte de] Emmanuel Quentin, super-héros des livres

Aujourd’hui dans mon Terrier, nous partons à la rencontre d’un super gars. Super-auteur de deux romans publiés chez le Peuple de Mü (« Dormeurs » et « Où s’imposent les silences » -cliquez sur les titres pour lire mes chroniques) et super-bibliothécaire très impliqué avec sa structure dans les Etats Généraux de l’Imaginaire, Emmanuel Quentin a bien voulu répondre à mes questions, merci à lui. ^_^

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Comme tous les invités du Terrier, je te laisse te présenter en quelques mots à mes lecteurs avant d’entrer dans le vif du sujet.
Alors… alors… alors…. la question que je redoute le plus et qui arrive en premier (ce qui est un peu normal, ceci dit)… En quelques mots, donc… Je vais faire très simple, c’est mieux. Je m’appelle Emmanuel Quentin, je suis né dans les années 70, je suis bibliothécaire de profession parce que je voulais bosser au milieu des livres et depuis peu, deux de mes romans ont été publié, ce qui me vaut de venir me présenter ici, ce dont je suis ravi.

Quel est ton meilleur souvenir d’auteur ?
Comme beaucoup je crois (quoique, après réflexion, pas forcément, il faudra que j’en cause avec d’autres), mon meilleur souvenir d’auteur a été l’acceptation du manuscrit de « Dormeurs » aux éditions le Peuple de Mü. C’était une vraie émotion. Après j’ai beaucoup d’autres souvenirs, moins intenses mais néanmoins importants : le premier contact avec les lecteurs (et les discussions enflammées sur la science-fiction qui ont suivi ; un passage où j’étais dans l’impasse qui se débloque tout à coup sans prévenir et qui donne des perspectives incroyables à l’histoire ; la réception des livres une fois imprimés ; la présence sur un salon où je peux échanger avec un auteur que je lis depuis des années et qui m’intimide… oui à tout bien considérer je pourrais dresser une longue liste de ce genre de souvenirs.

Comment écris-tu ? Quel est ton processus de création ? Est-ce que tu as déjà toutes les cartes en main avant de commencer à écrire ou suis-tu tes personnages sans savoir où ils te mèneront ? Comment te mets-tu en condition d’écriture ? Bref, dis-nous tout. 🙂
J’écris quand je peux mais avant tout, il me faut une idée. A partir de là, je commence à écrire, sans faire de plan. Je suis effectivement mes personnages et j’adore ça, de me laisser surprendre par leurs personnalités et le monde qui les entoure. En revanche, j’écris lentement, et beaucoup dans ma tête d’une certaine façon. L’histoire mature essentiellement dans ma tête, dans les grandes lignes avant que je ne couche les mots sur le papier. Je dis « dans les grandes lignes », parce que je ne veux me fermer aucune porte et profiter de ce que les situations engendrent d’elles-mêmes dans une histoire. En gros, je suis loin d’être un architecte mais ça me va bien comme ça. Le tout c’est de rester vigilant pour conserver une cohérence.
Quant à ma mise en condition en écriture, elle est effroyable. Je me dis « ce soir je m’y mets », et bim ! Arrivé le soir, je trouve toutes les mauvaises raisons pour ne pas m’y coller. Surtout au début d’un roman, quand je vois tout le chemin qu’il me reste à parcourir. Mais lorsque j’ai bien avancé, l’histoire est tellement dans ma tête qu’il en faut peu pour me pousser à écrire. Le hic survient surtout lorsque j’arrête. A ce moment-là, je suis un zombie. On me parle mais je n’écoute rien, je me contente de répéter plusieurs fois ce qu’on me dit avant que mon cerveau percute. Ça peut déstabiliser l’entourage…

Quel est le personnage que tu préfères dans tes romans ?
Alors là, difficile question. En fait je crois que j’apprécie certains personnages secondaires autant que les principaux. Mais si je devais en choisir un, je dirais Dimitri dans « Où s’imposent les silences ». Fredric dans « Dormeurs » peut avoir un côté très agaçant. Et celui du roman en cours d’écriture n’est pas un tendre : grande gueule, égoïste, désabusé… à croire que j’aime bien ce genre de personnages.

Où puises-tu tes inspirations ?
Partout ! Je prends tout ce qui passe et quand quelque chose attire mon attention, même pour des éléments de décor je dis « stop, je prends ». Le monde qui nous entoure est une forte source d’inspiration, mais les livres aussi. Il se pourrait que je sois une éponge, mais ça n’a rien d’exceptionnel.

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Quel est le dernier livre que tu as lu ? Et le dernier film vu ?
Le dernier livre que j’ai lu est un Perry Mason,  « Cœurs à vendre ». Le dernier film, c’est « The Iceman ». Mon dernier coup de cœur est un livre à paraître que j’ai eu la chance de lire en avant-première, et que je ne m’enlève pas de la tête tant il m’a touché. Il s’agit de « Petit blanc » de Nicolas Cartelet*. Il y a beaucoup de tendresse dans ce livre, d’humanité, et il touche à des thèmes qui m’ont parlé. Sa fin est également renversante. Bref, un livre à lire absolument.

Décris nous une journée idéale.
La journée idéale, c’est celle où je me retrouve avec les amis ou la famille. Pas obligé que ce soit pour un événement particulier. La simplicité , c’est pas mal dans ces cas là. Etre ensemble et en profiter.

Si tu pouvais aller prendre un café avec un auteur (vivant ou mort), qui choisirais-tu ?
Robert Merle, sans l’ombre d’une hésitation.

Question pro maintenant : quel regard porte le bibliothécaire sur la façon dont est traité le genre de l’Imaginaire en bibliothèque ?
Ah là là…. (soupir). Il y a du boulot ! Quand je suis en vacances, j’en profite parfois (c’est quand même les vacances) pour faire un petit tour des bibliothèques des villes que je traverse… eh bien, on voit très vite celles portant un intérêt pour les littératures de l’Imaginaire et celles qui sont démunies face à elles : méconnaissance du genre dans bien des cas, ou bugdet qui ne suit pas dans d’autres. Mais j’ai cru comprendre que des bibliothécaires semaient des graines d’Imaginaire partout où elles/ils passaient. Soyons positifs, tout ça va bientôt évoluer !

Pour finir, quels sont tes projets à venir ?
Ma nouvelle « L’herbe plus mauve ailleurs » doit paraître en fin d’année dans l’anthologie « Pulps » aux éditions Ad Astra, je viens d’en terminer une autre pour les éditions Le Peuple de Mü à paraître l’an prochain. Et j’ai donc entamé un roman d’anticipation noir c’est noir, avec le personnage grande gueule dont je parlais plus haut, évoluant dans un monde asphyxié…. mais je n’en suis qu’au début et donc, je trouve toutes les bonnes raisons pour retarder le moment de m’y mettre vraiment. Mais j’ai autour de moi, des personnes bienveillantes qui me poussent à m’y pencher pour de bon, même si je dois avoir l’air d’un zombie après chaque séance d’écriture. Sinon, je serai aux Aventuriales de Ménétrol en septembre prochain, un salon incontournable dans les terres du Milieu, où l’ambiance est extrêmement sympathique.

 

Vous pouvez retrouver Emmanuel sur Twitter et sur sa page Facebook, ou encore sur son blog

*À paraître en septembre chez le Peuple de Mü.

[À la découverte de] Ana Dess, prêtresse du vent

Une nouvelle invitée dans mon Terrier aujourd’hui, et pas n’importe qui ! Rencontrée lors d’un salon en 2015, enthousiaste face à un projet que je lui présentais et qui m’a offert une merveilleuse collaboration, j’ai l’immense privilège de poser mes questions à ma copine Ana Dess, avec qui j’ai travaillé sur Zombiguïté. ♥

« Ana Dess » ? Mais qui se cache sous ce nom facétieux ?
Ana Dess veut dire Je suis Ana en japonais (phonétiquement), c’est un clin d’œil à cette culture qui m’a bercée pendant des années.
Derrière ce nom se cache une multitudes de dimensions artistiques : peinture, illustration, musique, écriture, poésie, BD… J’aime traverser les arts et les frontières pour raconter des histoires.

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Quel a été ton parcours jusqu’ici ?
En sortant du bac j’ai d’abord bosser pour des boites de communications en tant que graphiste. En parallèle je me suis lancée dans la musique. J’ai écris deux albums qui sont sortis au niveau national. J’écris les textes, c’est entre le slam et la chanson française. J’ai commencé seule sur scène, et puis j’ai fini avec piano, guitare et violoncelle, ça a été une expérience inoubliable.
Les deux albums sont en écoutes sur toutes les plateformes : deezer, itunes…

Je suis devenue intermittence du spectacle, mais en 2013 j’ai décidé de faire une pause.
C’est un secteur très difficile, surtout quand tu fais du atypique.

Je me suis tournée vers le dessin que je pratiquais déjà mais comme amatrice.
J’ai décidé de créer un petit personnage qui me ressemble et j’ai sorti ma première BD en juin 2013.
La vie continue et aujourd’hui j’ai sorti 7 livres et je prépare un nouveau spectacle musical.

Tu auto-édites tes BD, est-ce que c’est un choix que tu regrettes ou au contraire, tu ne vois pas ta carrière autrement ?
Quand j’ai décidé de faire cette première BD, je me suis dit : dans un premier temps, je vais me tester avec le public et après on verra. Les années ont passé et les projets aussi. Finalement je suis toujours en auto-édition et ça me convient bien. Je ne regrette pas du tout, et je ne suis pas fermée à signer chez un éditeur le moment venu, si le projet est soutenu.

Quel est ton processus de création ? Comment te mets-tu en condition pour créer ?
Je pense que mon cerveau est en perpétuel temps de création. Il me faudrait deux vies pour tout faire ! Mais dans les moments de pures créations j’ai besoin d’être dans ma bulle.
J’ai besoin de la nature, du calme, du silence ou de la musique choisie, de la solitude.

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Illustration pour Zombiguïté

Où puises-tu ton inspiration ?
Partout autour de moi. Mais ces deux dernières années essentiellement dans mes voyages, dans le rapport que l’homme a avec la nature. Je lis beaucoup également.

Quelle est ta relation avec les réseaux sociaux ? Est-ce qu’ils t’apportent une visibilité, une manière de communiquer différente que les salons, etc… ?
Les réseaux sociaux sont là pour les gens que j’ai rencontrés d’abord en festival. C’est rare que ce soit le contraire. Ils me permettent de communiquer avec une partie de mes suiveurs, d’organiser des petits concours et de poster des photos et vidéos.

Qu’aimes-tu faire pendant ton temps libre ?
J’adore me balader, randonner. Je lis, je joue à des jeux vidéos et des jeux de sociétés. Je voyage et je lis.

On sait que tu es une artiste engagée, mais tu es aussi organisatrice du Festival de la BD et l’Illustration à Montseveroux avec l’association Les K’amis Cases. Peux-tu nous en dire plus sur l’envie de départ et sur le salon en lui-même ?
C’est Monsieur Rudy (auteur des petits manuels pour les nuls, et mon mari) qui a lancé l’idée.
On croise souvent d’autres artistes dont on apprécie le travail et l’humain. Nous habitons un petit village d’Isère de 900 habitants, un village médiéval avec un beau château.
Finalement organiser un événement comme celui-ci dans notre village a pris forme dans nos têtes.
c’est la troisième année, cela demande beaucoup de temps et de passion, mais je suis fière de pouvoir valoriser ceux que j’aime.

As-tu des projets à venir que tu souhaites partager ?
Oui, je viens tout juste de sortir un nouveau livre. Un carnet de voyages poétiques.
C’est un livre un peu spécial, imprimé en 150 exemplaires numérotés. J’ai fait le choix de beaux papiers, c’est plus qu’un livre, c’est une manière de voyager.
Le livre regroupe des illustrations à l’aquarelle que j’ai faite durant 4 voyages : Islande, Maroc, Crète et Finlande. Il est ponctué par des textes poétiques que j’ai écris.

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Vous pouvez retrouver Ana sur son site internet et sur sa boutique Etsy. 😉

[À la découverte de] Isaac Marion, auteur dans l’espace

(English below)

Aujourd’hui dans mon Terrier, un invité particulier. Il est américain, il écrit des romans de zombies dont mon préféré de tous les temps, et surtout, il a changé ma vie en me permettant de me lancer dans le genre. Oui, c’est un peu la joie et la félicité pour moi, cet article.
J’accueille donc aujourd’hui Isaac Marion, qui a accepté de jouer le jeu des questions/réponses.

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Photo par Juliann Itter

Isaac Marion, qui est-ce ? C’est un musicien/chanteur, vous pouvez écouter ce qu’il fait sur ce site.
C’est également l’auteur de « Vivants » (ma chronique ici), le seul de sa série de romans à avoir été traduit en français. Vous connaissez sûrement le film tiré du livre et reprenant le titre original « Warm Bodies ».
Isaac a écrit « The New Hunger », une courte préquelle de « Vivants » où on retrouve les personnages quelques années plus tôt. En février dernier est sorti aux États-Unis et au Royaume-Uni « The Burning World », suite directe de « Vivants » (ma chronique ici).
Comme je le disais, ces deux romans ne sont pas traduits en français pour le moment, ce qui est une considérable tristesse (pour ceux qui ne lisent pas en VO plus particulièrement, les autres vous n’avez aucune excuse pour ne pas avoir lu les bouquins).

Pourquoi ? Pourquoi aucune maison d’édition ne s’est lancée dans l’aventure de la traduction ? C’est un mystère. Parce que selon moi, ces romans sont des merveilles.

Je laisse maintenant la place à l’auteur lui-même, que je remercie infiniment pour le temps passé à répondre à mes questions de fan transie. Pour ceux qui lisent l’anglais, j’ai ajouté l’interview originale plus bas. Bonne lecture !

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On te connaît pour « Vivants » qui a été traduit en Français et publié par Bragelonne en 2012. Peux-tu nous en dire plus sur la suite, « The Burning World », et pourquoi il est important qu’elle soit traduite également ?

« The Burning World » est la suite directe de « Vivants » et commence quelque chose comme deux mois plus tard. R est presque entièrement guéri de l’infection mais son identité reste encore partielle : pas de souvenirs, pas de passé, pas de sentiment d’appartenance à ce nouveau monde. Pendant qu’il s’efforce de réintégrer la société humaine, une étrange organisation militaire venue d’une autre époque arrive pour « restaurer l’ordre ». R et Julie doivent alors prendre la route vers des horizons inconnus.

En ce qui concerne une traduction, ce serait vraiment génial si ça arrivait. À ma grande déception, il n’y a pas encore eu d’offres pour traduire le roman car apparemment, « Vivants » ne s’est pas vendu suffisamment bien à l’international. Ça me semble tellement injuste que les lecteurs de « Vivants » doivent rester en attente du reste de la série. J’espère que ça changera quand la série sera terminée et que les ventes décolleront. Et, bien sûr, si un autre film survient et change la donne.

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Comment construis-tu tes histoires ? Est-ce que tu as tout dans la tête avant de commencer ou suis-tu tes personnages là où ils vont ?

C’est un peu des deux. J’esquisse un flux d’événements et j’imagine de quoi les scènes auraient l’air et comment je les ressentirais dans ma tête pour avoir un guide à suivre pendant l’écriture, mais je ne le respecte pas religieusement. Le plan général est toujours en mutation avec les personnages et le scénario qui se développent.

Est-ce que tu as une routine d’écriture ?

Je me réveille, je prends mon petit-déjeuner, et je marche jusqu’au café. De préférence sans parler à quiconque, sans écouter aucune nouvelle, et sans interagir avec le monde. J’essaie de sauter directement de mes rêves à ma fiction.

Quelles sont tes inspirations dans la vie ?

La musique. Les villes. La nature. Les amis. L’espace. Les rêves. Les drogues.

Quel est le dernier livre que tu as lu ?

« Universal Harvester », de John Darnielle. Je ne suis pas encore certain de ce que j’en ai pensé. Très difficile à saisir, une écriture distante avec une fin qui était un peu facile. Mais également très morose et intriguant, avec des passages d’une très belle prose.

Tu as écrit une nouvelle pour une anthologie basée sur « La Nuit des Morts-Vivants » de Romero. Qu’est-ce que ça fait d’entrer dans un univers qui n’est pas le sien ?

Wow, je suis surpris que tu sois au courant de ça ! C’était une expérience intéressante. « La Nuit des Morts-Vivants » est l’un des rares films de zombie pour lesquels j’ai un grand respect artistique. Il a de la retenue. Il a de la classe. Même un peu d’ambiguïté.

Mon histoire est au sujet de la fille, qui passe la totalité du film allongée sur la table au sous-sol à écouter ses parents se disputer. Elle a toujours été la partie la plus intrigante du film parce qu’elle expérimente cette transition lente de vivant à mort-vivant, mais nous n’avons jamais la moindre idée de ce à quoi ça ressemble pour elle. Et son comportement à la fin est un peu déroutant : elle tue sa mère sauvagement… mais ne la mange pas ? Il y a là une certaine complexité que le film laisse inexplorée, alors j’ai trouvé excitant de plonger là-dedans et de décrire son état intérieur à un niveau que le film n’a pas atteint.

Si tu pouvais aller n’importe où maintenant, gratuitement, où irais-tu ?

La Lune. Je ressens pleinement la pression des foules dernièrement. J’ai envie d’enfouir mon visage dans de la poudre de Lune et de faire une longue sieste.

Quel est ton meilleur souvenir d’auteur ?

Honnêtement, ça serait l’expérience du tournage du film. J’ai eu des instants très profonds dans le processus d’écriture, mais c’est compliqué pour n’importe quoi de tenir la comparaison avec la sensation d’être entouré par des gens travaillant à donner vie à ton histoire. Regarder des acteurs jouer des personnes nées de ton propre esprit. Voir tout cet art, cet argent et ce talent qui s’assemblent pour construire un monde que tu as inventé. Il n’y a juste rien de comparable.

Le monde brûle, les zombies sont partout et tu es l’un d’eux. Mais le remède se répand et les zombies commencent à se souvenir de qui ils étaient avant. Voudrais-tu récupérer tous tes souvenirs ou préférerais-tu un nouveau départ ?

C’est un peu le conflit central de « The Burning World », donc je ne peux pas dire grand-chose sans risquer de spoiler ! Mais essentiellement… il n’y a pas de nouveau départ. Nos passés -souvenirs, expériences, leçons apprises-, sont les matériaux qui composent nos identités. Si tu enlèves tout ça, qui es-tu ?

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Dernière question : où doit-on t’emmener pour un premier rendez-vous parfait ?

Haha, eh bien, pour un tout premier rendez-vous, rien de vraiment spécial ! Amenez-moi dans un bar chaud et sombre, avec un verre de bon whisky, et je serai prêt à vous ouvrir mon âme.

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Liens utiles :
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And now that I declared my love in French, here is the English version of Isaac Marion’s interview. Thanks again for your time!

We know you for ‘Warm Bodies’, which has been translated in French a few years ago. Can you tell us about ‘The Burning World’ and how awesome it would be if it were translated too?

The Burning World is a direct sequel to Warm Bodies and begins about 2 months later. R has mostly recovered from the plague but still lacks an identity—no memories, no history, no sense of place in the new world. So he’s struggling with integrating back into human society, and then this strange military organization from the old days shows up to « restore order » and R and Julie have to go on the run, out into the unknown world.

As for a translation, it would certainly be awesome if it happened. To my great disappointment, there haven’t been any offers for translations yet because apparently Warm Bodies did not sell well enough internationally. It seems very unfair to me, that the readers of Warm Bodies will be left hanging for the rest of the series. I really hope this will change when the series is finished and sales start to pick up. And of course, if another movie ever happens that will change everything.

How do you build your stories? Do you have everything in mind before starting or do you follow your characters along their way?

It’s a little of both. I sketch out a rough flow of events and imagine how the scenes will look and feel in my head so that I have a guide to follow while writing, but I don’t stick to it religiously. The plan always mutates and changes as the characters and plot lines develop.

Do you have a writing routine?

I wake up, eat breakfast, and walk to the coffee shop. Preferably without talking to anyone or seeing any news or interacting with the world at all. I try to jump directly from my dreams into my fiction.

What and/or who are your inspirations in life?

Music. Cities. Nature. Friends. Space. Dreams. Drugs.

What’s the last book you read?

UNIVERSAL HARVESTER, by John Darnielle. I’m still not entirely sure what to make of it. Very elusive, arms-length writing with an ending that was a bit of a cop-out. But also very moody and intriguing with moments of really beautiful prose.

You wrote a short story for an anthology based on Romero’s ‘Night of the Living Dead’. What was it like to enter this universe that wasn’t yours?

Wow, I’m surprised you know about that! It was an interesting experience. Night of the Living Dead is one of the few zombie films that I feel I can really respect on artistic level. It has restraint. It has class. Even a bit of ambiguity. My story is about the girl, the daughter who spends the whole film lying on the table in the basement listening to her parents fight. She was always the most intriguing part of the film because she experiences that slow transition from living to undead, but we never get any clue as to what that’s like for her. And her behavior at the end is somewhat puzzling—she kills her mother savagely…but doesn’t eat her? There’s some complexity there that the movie leaves unexplored, so I found it thrilling to jump in there and describe her internal state on a level that the movie didn’t touch.

If you could go anywhere right now, for free, where would you go?

The moon. I’m feeling the pressure of crowds lately. I want to bury my face in some cool moon powder and take a long nap.

What is your best memory as a writer?

Honestly, it would have to be the experience of being on the movie set. I’ve had some profound moments in the actual writing process, but it’s hard for anything to compete with the feeling of being surrounded by people working to bring your story to life. Watching actors play people born out of your own mind. Seeing all the craft and money and artistry that goes into building a world you imagined. There’s just nothing else like that.

The world is burning, zombies are everywhere and you are one of them. But the cure is spreading and zombies are remembering who they were before. Would you want your memories back, or would you rather have a fresh start?

That’s kind of the central conflict in THE BURNING WORLD, so I can’t say too much without spoiling it! But essentially…there are no fresh starts. Our pasts—memories, experiences, lessons learned—are the materials that compose our identities. Take all that away and who are you?

Last question: where should one take you for a perfect first date?

Haha, well, for a very first date, nothing too special! Give me a warm, dark bar and a glass of good whiskey and I’m ready to bare my soul.

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Where to find Isaac Marion?
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His music
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[À la découverte de] J. Arden, auteure et super-héroïne

Aujourd’hui au Terrier, nous recevons J. Arden autour d’une tasse de thé virtuelle. Auteure de la série « Les Sentinelles de l’Ombre » aux éditions Rebelle, elle fait une entrée fracassante chez J’ai Lu avec « De Trèfles et de Plumes » (ma chronique ici).

Bien le bonjour J., et welcome dans mon Terrier ! Peux-tu te présenter en quelques mots s’il te plaît ?

Bonjour, petit renard, joli terrier que voilà, on se croirait chez Bilbo :D. Julie, 29 ans, toulousaine, fan de fantastique et de super-héros, Hobbit de nature (puisqu’on en parle !) avec du sang de dragon dans les veines pour le côté volcanique parfois. Au quotidien, quand je n’écris pas, je suis réceptionniste de nuit, marraine d’une wonder filleule et, depuis peu, gaga de mon chat.

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Quel est le processus de création de tes romans ? Comment construis-tu tes histoires, tes personnages… ? Qu’est-ce qui, à un moment, te fait dire que tu tiens une histoire à raconter ?

Je fais partie de ces auteurs qui écrivent beaucoup à l’instinct. Chez moi, vous ne verrez pas de panneaux avec des post-it qui décortiquent chaque roman de À à Z. J’ai des petits carnets noircis avec mes idées ; l’écriture y est si illisible que je suis la seule à pouvoir les déchiffrer ! Mon téléphone me sert aussi pas mal, j’ai toujours une trentaine de notes dessus avec des bouts de dialogues…

Pour en revenir à ce que je disais plus haut, j’écris à l’instinct. J’aime me laisser surprendre par la tournure des événements et bon nombre de scènes s’ajoutent à chacun de mes romans, alors qu’elles n’étaient pas prévues au programme. Ma bêta lectrice dit que c’est en partie vrai, car j’ai, selon elle, un esprit très organisé même si je n’en ai pas conscience. J’ai souvent l’impression que ma tête est comme un labyrinthe qui se réagence au fur et à mesure que je construis mes histoires. Une chose est sûre, je les laisse toujours émerger, une par une, avant de me retrouver face à l’écran. Je les déroule comme un film, plusieurs fois, en notant tout ce qui me passe par la tête. La trame générale est définitive et s’élabore autour d’événements clefs ou de traumatismes que je veux faire subir à mes héros. En parallèle, des détails ou anecdotes jaillissent d’eux-mêmes pour m’aider à ressentir l’âme de chacun des protagonistes.

J’écoute beaucoup de musique pour me mettre dans l’ambiance de chaque scène, mon répertoire est très variable. AC/DC a ma préférence pour les scènes d’action. Pour les scènes émotionnelles, c’est plus des bandes originales de films que je trouve très inspirantes. Je pense que j’écris avant tout des histoires humaines, même quand on est dans des mondes créés de toutes pièces ou presque. J’aime ce que le fantastique permet de faire grâce aux enjeux épiques et héroïques qu’il renferme. Je sais que je tiens vraiment une histoire quand le personnage principal devient plus prégnant dans mon esprit. Si sa voix me démange, c’est que c’est le moment de développer son histoire.

« Les Sentinelles de l’Ombre » est une série qui traite de vampires et de loups-garous sur fond de mythes égyptiens. « De Trèfles et de Plumes » va plutôt conter fleurette à l’Angleterre Victorienne. Comment gères-tu le passage de l’un à l’autre ?

Je ne me suis jamais vraiment posé cette question parce que ce sont des univers aux antipodes l’un de l’autre. Tout y est différent : le caractère de l’héroïne, l’univers, l’écriture, le contexte. Disons que le fait que j’écrive un livre à la fois aide à bien m’ancrer dans le monde que j’ai décidé de développer ou de retrouver. Ma méthode de travail varie sensiblement aussi de l’une à l’autre de ces séries. Avec Anya, l’écriture à l’instinct dont je parlais est de mise, pour Sláine, par contre, c’est plus carré vu que ce sont des enquêtes et que je construis le récit avec pour mantra : le cocasse ultime :D.

Lequel de tes personnages préfères-tu ? Et au contraire, à qui aimerais-tu mettre une claque derrière la tête ?

Ça dépend vraiment de mon humeur. J’ai beaucoup eu envie de baffer Anya, je l’avoue. Depuis la fin du tome 4, je ne pense plus que j’aurai des envies de violence à son encontre, car elle a bien grandi. Je crois que j’ai une préférence pour Sláine, quand même. Elle est folle, elle me fait rire et je suis fan de l’époque victorienne, alors…

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Quelles sont tes inspirations ? Littéraires ou artistiques, ou même dans la vie courante ?

Je n’ai pas d’inspirations conscientes, je crois que la pop culture en général m’a bien nourrie quand j’étais enfant. Elle continue de le faire, évidemment, mais c’est quand on est enfant que notre imaginaire se construit. Comme je le disais plus haut, j’ai un penchant pour les films de super-héros et pour les épopées fantasy. Bien sûr, j’adore l’urban fantasy ^_^. Quelle découverte il y a quelques années !

Que penses-tu des réseaux sociaux ? Est-ce qu’ils t’apportent une visibilité, une manière de communiquer différente que les rencontres « en vrai », etc… ?

Quand on est auteur, je pense que, de nos jours, les réseaux sociaux, surtout facebook, sont incontournables, qu’on veuille l’admettre ou non. Ces dernières années, la résurgence du fantastique au cinéma (et dans les séries) a suscité des vocations chez des gens ordinaires, comme moi, qui se sont mis à écrire. Nous sommes nombreux et le milieu est rude en partie à cause de ça. Les réseaux sociaux apportent une belle visibilité, ils créent des liens avec les lecteurs et permettent aux auteurs de s’exprimer pour présenter leurs romans. De plus, les lecteurs ont l’air curieux de savoir qui se cache derrière un livre. C’est surtout vrai concernant les auteurs francophones, ça l’est moins pour les auteurs anglophones à cause de la barrière de la langue et du succès qui est le leur. Les auteurs francophones sont plus accessibles, on me le dit souvent en privé quand je réponds aux messages. Les réseaux sociaux font tomber des barrières, on a tendance à basculer dans la familiarité immédiatement. C’est bien et moins bien, tout dépend des circonstances. J’aime échanger avec les lecteurs, mais j’ai parfois l’impression de les envoyer bouler quand je ne réponds pas lol. Ce n’est pas du tout mon intention, juste, si je veux écrire et vivre à côté (ce qui enrichit l’écriture), je ne peux pas passer mon temps sur facebook.

Pour ce qui est de ma manière de communiquer, je ne suis pas comédienne pour un sou, j’ai un visage expressif et je n’ai aucune patience pour les faux-semblants. Tout ça pour dire, à la « scène » comme à la ville :). En vérité, je ne me sens auteur qu’en salon où je prends de plein fouet l’énergie que dégagent les lecteurs. Quand je suis chez moi, face à mon ordinateur, j’écris, mais ce n’est pas pareil, je me fais l’effet d’un ours en hibernation avec ma vieille polaire, mes Uggs et ma tasse de thé/café.

Que fais-tu de ton temps libre, entre l’écriture et l’hôtel Machin ?

Je suis casanière, j’aime lire, regarder des films, des séries, discuter avec les copines, m’occuper de ma nièce. En dehors de l’hôtel et de l’écriture, j’ai peu de temps libre, en toute honnêteté… Mais ne pleurons pas, j’apprécie le calme, l’écriture m’a rendue encore plus oursonne que je ne l’étais :D.

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Quel est ton plus beau souvenir de salon ou de dédicace ?

Les lectrices qui viennent avec leur mère après leur avoir fait découvrir mes livres. Ça m’émeut de savoir que j’ai indirectement contribué à renforcer le lien entre deux générations.

Et pour finir, si tu pouvais aller prendre le thé avec n’importe quel auteur, qui serait l’heureux élu ?

Oh, ça, c’est de la question difficile ! C’est aussi délicat que de me demander avec quels personnages imaginaires j’aimerais le prendre, ce thé ! Allez, Nalini Singh que j’adore et qui, il paraît, est super sympa.

Je te remercie d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, et je te dis à bientôt au détour d’un salon ! ^o^

Poison Ivy attend toujours Harley Quinn ;).

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Le tome 4 des « Sentinelles de l’Ombre » paraîtra à l’occasion du Salon du Livre de Paris les 19 et 20 mars 2016.

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