[À la découverte de] Tao Hime, princesse des aiguilles

Aujourd’hui, je devais retourner à Loriol-sur-Drôme pour continuer les tatouages de ma jambe manga. Après Dino, c’était un autre de mes personnages préférés qui aurait dû prendre sa place pour l’éternité (ou au moins, jusqu’à la fin de ma vie). Cruelle déception ! Déprimante frustration !

Alors aujourd’hui, le Terrier accueille Tao Hime pour qu’elle nous parle d’elle et de son métier. J’ai découvert son travail fin 2019 et j’ai tellement accroché que je lui avais dit qu’un jour, je lui demanderais de me tatouer Dino Cavallone. Pendant le premier confinement, je lui ai commissionné une illustration, et pour le deuxième, j’ai pris rendez-vous. En décembre 2020, je me faisais enfin tatouer mon premier tatouage de fan. \o/

*~*

Qui se cache derrière « Tao Hime » ?

En réalité je m’appelle Eugénie mais, adolescente, je n’aimais pas mon prénom alors mes amies m’ont trouvé le surnom de Tao, vu que j’adorais l’Asie. Je ne pensais pas que ce surnom me collerait autant à la peau, même quinze ans après. Alors c’est naturellement devenu mon nom d’artiste. Hime veut dire princesse en japonais, c’était un petit clin d’œil à mon prénom d’origine, porté par une impératrice.

Je suis donc tatoueuse depuis environ deux ans et je m’intéresse à toutes les formes d’art, notamment l’illustration.

Quel a été ton parcours d’études et professionnel jusqu’ici ?

Je suis une touche à tout. J’ai eu du mal à trouver ce qui me plaisait vraiment.

Après un baccalauréat littéraire, j’ai fait une année dans une école de mode qui ne m’a rien appris. Je souhaitais depuis le collège étudier la coiffure et devenir coloriste, mais mon père ne l’entendait pas de cette oreille. Alors, après deux ans de BTS assistante de manager (histoire d’avoir un diplôme sérieux quand même) j’ai étudié la coiffure pendant trois ans. J’ai vraiment été désillusionnée sur ce milieu. Je pense que je n’avais pas assez de haine ou de rage de vaincre en moi pour pouvoir rester coiffeuse. Après tout ça, j’en ai eu marre des études et j’ai pris un travail alimentaire pendant deux ans. Ça m’a permis de me recentrer sur ce que j’aimais plus que tout : le dessin. Et c’est comme ça que j’ai décidé de me lancer dans le tatouage.

Pourquoi as-tu choisi la voie du tatouage ?

En fait, j’ai toujours voulu travailler dans un milieu artistique mais sans vraiment savoir dans quel domaine. Un jour, un ami tatoueur m’a demandé pourquoi je n’essayais pas le tatouage, étant donné que je commençais à être beaucoup tatouée moi-même. Il m’a fait venir dans son salon pour que je m’auto-tatoue. Et puis, ça a été comme une révélation.

Après cette expérience, je suis venue dans son salon plusieurs jours, comme en stage, pour voir si l’univers me plaisait. Ce qui m’a le plus plu c’est le fait que l’hygiène est poussée à son maximum.

Quel est le style de tatouages que tu préfères réaliser ?

Il y a énormément de choses que j’aime faire.

J’aime les choses assez minimalistes, simples et efficaces (des lettrages ou des petits motifs comme des cœurs par exemple).

Mais mon univers tourne autour de Disney et de la culture japonaise. Du coup, j’aime adapter à mon style des motifs connus, plus souvent en noir et gris couleur, ce qui donne une patte assez graphique. Mes tatouages ne comportent pas trop de détails et de fioritures, j’aime les choses impactantes.

Décris-nous une journée type d’une tatoueuse.

J’ai la chance de pouvoir me lever assez tard, vers huit ou neuf heures. L’avantage d’être tatoueuse c’est qu’on a le statut auto-entrepreneur donc on gère nos journées comme on l’entend.

Suivant l’heure des rendez-vous que je me suis booké, je vais au salon pour dix heures ou pour treize heures.

Après la préparation de la salle, je reçois mes clients pour leur séance.

Une fois celle-ci terminée, je nettoie toute la salle selon les normes d’hygiène qui nous sont imposées.

Une fois rentrée chez moi, le soir, je prépare mes dessins pour les autres rendez-vous. Je travaille semaine par semaine donc par exemple le mardi, je travaille mon dessin pour le mardi d’après.

Quand j’ai un peu de temps, je dessine des flashs qui sont des motifs que je propose à mes clients à se faire tatouer tels quels.

Et bien sûr, je travaille en parallèle mes commandes d’illustration.

En résumé, mes journées de travail durent entre dix et douze heures par jour.

Quel est le souvenir le plus insolite ou drôle de ta carrière de tatoueuse ?

Il n’y en a pas un qui me vienne en tête en particulier. Je dirais que chaque séance à ses petits côtés drôles.

Beaucoup de gens sont stressés lorsqu’ils se font tatouer alors ils ont des comportements assez bizarres. On dirait que le stress ou l’excitation leur font perdre leur moyen. Du coup, ça donne des situations assez marrantes.

Je pense que ce qui me fera toujours rire, ce sont les gens qui sont raides comme des piquets. Par exemple, quand tu poses le stencil (une sorte de calque avec le dessin) il y a des gens à qui il est impossible de faire plier les bras tellement ils sont tendus.

Je l’ai un peu saoulée avec Dino moi…

Quelle est ta relation avec les réseaux sociaux ? Est-ce qu’ils t’apportent une visibilité, une manière de communiquer différente de l’IRL, etc… ?

Personnellement j’ai toujours adoré les réseaux. J’ai eu accès assez jeune aux plateformes de blog.

J’adore Instagram. On peut vraiment y créer une ambiance visuelle et c’est vrai que ça colle parfaitement avec mon travail. Et puis c’est facile à gérer, rapide.

80% de ma clientèle vient d’Instagram. Je tattoo dans un petit village et c’est vrai que mon univers ne colle pas forcément avec les envies des gens du coin. Alors les gens font de la route pour venir me voir et c’est super cool !

Un film / série à conseiller en ce moment ?

Je ne suis pas forcément la plus calée pour ça parce que je suis très difficile avec tout ce qui tourne autour de ça.

Dernièrement j’ai adoré la série Reign parce que j’aime beaucoup ce genre d’ambiance et j’admire beaucoup les costumes.

Le dernier film que j’ai vu et qui m’a beaucoup marqué est “I spit on your grave”. C’est un film gore, âme sensible s’abstenir.

Et je ne peux pas conclure sans parler du superbe animé “My Hero Academia” que j’ai commencé à regarder il y a quelques semaines et que je trouve génial !

Si tu pouvais aller prendre un café avec une personnalité illustre (vivante ou morte), qui choisirais-tu ?

Quand j’avais quinze ans, ma mère m’a offert un livre qui s’appelle “la dernière impératrice de Chine” qu’elle avait elle-même lu à cet âge. Cela parle de l’impératrice Tseu-yi, de sa vie, de son histoire. Elle n’est partie de rien. Elle est entrée au service de l’empereur en tant que concubine et, par sa détermination et son intelligence, a réussi à devenir la seule et unique impératrice de toute la Chine, survivant même à son mari et son propre fils.

Je pense que j’adorerai pouvoir discuter avec elle, pour pouvoir m’inspirer de sa combativité et me donner du courage dans un monde où la place de la femme est toujours plus menacée.

Une planche de flashs, tatouages à réserver même pendant le confinement !

Comment te vois-tu dans 5 ans ?

Je n’aime pas trop prévoir le futur.
J’espère pouvoir continuer à tatouer et m’épanouir dans ce que j’aime !
Je voudrais reprendre les voyages dès que cela sera possible.
Et voilà, vivre heureuse.

~*~

Un grand merci à Tao Hime d’avoir répondu à mes questions ! Si pendant le confinement, les tatoueurs ne peuvent pas exercer, Tao propose tout de même des illustrations (en ce moment, elle peut vous faire votre perso de My Hero Academia -j’ai demandé le mien). Allez voir son compte Instagram ICI pour toutes les infos !

[À la découverte de] Manon d’Ombremont, MJ de l’Imaginaire

Aujourd’hui dimanche de reconfinement, nous accueillons dans le Terrier Manon d’Ombremont. Originaire de Liège, blogueuse, joueuse, compagne d’un chien trop mignon, mais aussi autrice chez Livr’S Éditions, elle vient de sortir son dernier roman dont elle vous parle en détail plus bas dans l’interview. Mais avant cela, découvrons cette jeune femme pleine de bonne humeur et lectrice passionnée.

Qui es-tu, Manon d’Ombremont ?
Très vaste question ! Je pense qu’en premier lieu je me qualifie et me considère comme une passionnée et une créative. Une passionnée de la littérature de l’imaginaire, du milieu éditorial qui s’y rattache et des questions littéraires qui tournent autour. J’y ai même consacré mes études. Quant à l’aspect créatif, il intervient via ma pratique du jeu de rôle textuel qui m’a fait évoluer vers l’écriture de roman. Ce sont deux éléments centraux dans ma vie mais il n’y a pas que ça. Je m’intéresse à la culture nippone et à la protection animale de manière générale ainsi qu’au dressage canin. Depuis que j’ai Loki, j’aime bien trouver de nouveaux jeux pour stimuler son intelligence !

Quel est ton processus de création en tant qu’autrice ? Comment te mets-tu en condition d’écriture ? Raconte-nous la naissance de tes œuvres.
En règle générale tout part du jeu de rôle. Je créé un personnage, je me l’approprie, je le fais vivre avec son passé, ses enjeux, puis je créé une intrigue dans laquelle il ou elle peut évoluer. Cela m’a posé pas mal de difficultés dans le passé et dans mes romans les plus anciens comme les Légendes Faës ou le Nechtaànomicon (note Terrier : plus disponibles à ce jour) parce que ça donnait des textes un peu de niche, je trouve. Dans le sens où un lecteur lambda qui n’a jamais joué avec moi pouvait avoir du mal à se projeter. La remarque avait tendance à revenir.
J’ai donc commencé à écrire en le faisant pour quelqu’un, quelqu’un d’autre que moi-même. Cela a changé avec Bratva qui a marqué un gros tournant dans ma manière d’écrire puisque, pour la première fois, je sortais totalement du jeu de rôle pour créer un personnage et une histoire de zéro. M’en distancier a été bénéfique sur un plan personnel mais ça a aussi modifié mon rapport à l’écriture.
En général j’écris mieux le matin, directement après m’être levée quand je n’ai pas le poids de ma journée sur le dos. Je mets de la musique, souvent des OST de manga. En fonction du type de roman, c’est Bleach ou Naruto Shippuden, Fairy Tail quand on passe dans l’épique. Pour Bratva, par contre, j’étais davantage sur de la musique électronique type hardcore.

Où puises-tu tes inspirations ?
Partout ! Je consomme énormément de popculture et forcément, cela m’influence. J’ai eu l’idée du personnage de Rayna en jouant à League of Legends et en lisant l’histoire du champion Jhin. J’ai imaginé un démon fan de Britney Spears en me faisant une session « nostalgie de ma préadolescence » sur YouTube et en écoutant Baby One More Time. J’ai eu le déclic pour Nyctophilia en écoutant Phoenix le soir-même où la chanson a été dévoilée par RIOT pour les Worlds 2019. Ça vient vraiment sans crier gare, ça me provoque une sensation difficilement descriptible mais que j’identifie immédiatement comme l’inspiration, la bonne, pas celle qui se réduit à « une idée comme ça ». Dans ces moments-là, il faut que j’aie un carnet ou un bloc note pour écrire ce que ça m’inspire pour ne pas le perdre.

Quel est ton meilleur souvenir d’autrice ?
Il y en a une multitude mais je vais en évoquer un qui m’a particulièrement touchée. Lors d’un salon, une lectrice est venue me voir pour m’offrir un cadeau, de magnifiques boucles d’oreille en forme d’araignée. Elle voulait me remercier pour deux raisons. La première, lui avoir rendu le goût de la lecture fantasy (avec ma toute première saga pourtant bourrée de défauts) et la seconde, lui avoir permis de dépasser un traumatisme qu’elle avait subi car elle a été agressée, ce qui arrive également à l’héroïne des Légendes et lire une scène de ce type a provoqué un déclic, m’a-t-elle dit, ce qui lui a permis d’en parler, de se reconstruire. J’en avais les larmes aux yeux. C’est incroyable de se dire qu’on a pu influencer la vie de quelqu’un d’une manière positive grâce à ce qu’on a écrit… C’est vraiment un souvenir que je chéris.

Qu’es-tu en train de lire en ce moment ?
Au moment où je réponds à l’interview, j’ai commencé un roman de Joe Abercrombie. Le questionnaire arrive à l’un des rares moments où je ne lis pas un petit éditeur… Mais ça fait des années qu’on me rabâche les oreilles avec ce monsieur donc j’ai fini par sauter le pas. Je commence à peine, une petite centaine de pages et ça se présente pas trop mal !

Quand tu n’écris pas, que fais-tu ?
Je joue. Je joue beaucoup trop même et toujours à League of Legends depuis huit ou neuf ans, c’est désastreux quand j’y repense tout ce temps perdu haha. J’ai longtemps alterné avec World of Warcraft mais j’ai mis ça en pause parce que c’était beaucoup trop chronophage et incompatible donc avec ma situation actuelle. Une partie sur LoL dure entre 20 et 40 minutes, quand je commence à farmer sur WoW il m’arrive d’oublier de manger…
Sinon je m’occupe de Loki : balades, exercices de dressage, câlins aussi parce qu’il a besoin de beaucoup d’attention. Et je lis, je lis beaucoup : romans, mangas, comics, parfois je regarde des séries. C’est original pas vrai ? Je passe aussi pas mal de temps sur mon boulot alimentaire, mais c’est normal.

Si tu pouvais aller prendre un café avec un auteur (vivant ou mort), qui choisirais-tu ?
John Scalzi, je pense. Je l’ai découvert il y a deux ou trois ans et c’est un de mes auteurs chouchous. S’il est aussi drôle, ironique et intelligent dans la vie que dans ses romans, ça doit être un vrai plaisir. Après si je peux tricher et inviter la merveilleuse Ada Palmer… Je ne dis pas non ! Cette femme m’impressionne énormément dans ses romans, on sent une vraie culture, une vraie passion, c’est le genre de personne que j’ai envie de fréquenter. Mais en même temps, je risque d’être trop impressionnée par elle et de me ridiculiser à ne pas réussir à aligner deux phrases intelligentes…

Parle-nous un peu de ton dernier roman paru, « Clément Coudpel contre les spectres de Samain ».
Il s’agit d’un roman qui n’a aucun lien avec ma pratique du jeu de rôles. Ce devait être un texte jeunesse à la base mais c’est parti un peu en cacahuète entre temps… Même si le héros reste jeune, je considère plutôt que c’est un roman tout public.
Clément a treize ans, c’est un macrale (un sorcier quoi) et sa situation ne lui plait pas trop. Il préférerait être juste normal, comme son meilleur ami. Heureusement, sa sœur gère tout l’aspect magique de la famille mais le jour où elle disparait, pas longtemps avant un rituel important, Clément va devoir prendre les choses en main (contre son gré). C’est un roman où j’ai mis tout ce que j’aime dans la vie : jeux-vidéos, mangas, popculture de manière globale. Il y a beaucoup de références et l’histoire se déroule dans mon coin donc on y trouve aussi des endroits très réels comme l’Université de Liège ou encore la librairie indé Kazabulles où je me rends souvent. C’est un texte assez personnel à ce niveau, qui me représente et me correspond. On y aborde aussi la thématique du choix, de la liberté, des soucis familiaux… Le tout sur fond de folklore liégeois. Ça a été très difficile à écrire, paradoxalement, parce que je n’étais jamais satisfaite de ce que j’écrivais vu qu’il est vraiment différent de ce dont j’ai l’habitude mais ça m’a prouvé que j’étais capable d’écrire pour tout le monde et pas juste pour ceux qui aiment les sociopathes.

Les salons et événements littéraires étant un lointain souvenir en ce moment, comment gères-tu ce nouvel impact sur ta carrière ? Et quels sont tes projets à venir malgré tout ?
Moralement c’est un peu difficile (dans le sens décourageant) puisque Clément a eu la malchance de sortir alors que tous les salons s’annulaient les uns après les autres. On avait de l’espoir pour septembre / octobre avec notamment les Halliénnales, raison pour laquelle l’éditrice a maintenu le titre mais finalement, je n’ai pu faire qu’une seule dédicace en librairie (justement chez Kazabulles). C’est frustrant parce que je tire beaucoup d’énergie de mon contact avec les lecteurs et avec les copains auteurs / copines autrices. Je gère ça en relativisant, enfin, en essayant de relativiser. Que faire d’autre, de toute manière ? Je n’ai jamais trop aimé m’apitoyer sur mon sort, c’est une perte d’énergie comme de temps.
Je n’ai pas fondamentalement de projets à l’avenir puisque je n’écris que difficilement depuis la fin de mon mémoire en 2018. Je n’en reviens toujours pas d’être arrivée au bout de Clément d’ailleurs… Actuellement je me concentre sur Nyctophilia mais je suis bloquée, tiraillée sur l’avenir de ce texte et sur ce que je veux : le publier à tout prix quitte à y sacrifier son essence ou accepter de tourner la page en le laissant dans un tiroir. Pour le moment, je n’ai pas encore eu de grande illumination, de grande inspiration, donc je me contente de bosser, de vivre ma vie et d’attendre que ça arrive. Je pense que ça finira par revenir et je n’ai pas envie de me contraindre à produire à tout prix.

On te le souhaite en tout cas, Manon ! Vous pouvez retrouver l’autrice sur ses réseaux sociaux : Twitter / Instagram ou sur son site internet.

[À la découverte de] Maxime, libraire des Imaginaires

À 40 km de Lyon, dans le Nord-Isère, se trouve la jolie cité de Crémieu, célèbre pour ses « Médiévales » annuelles où les chevaliers et les dragons côtoient les téléphones portables et appareils photos. Crémieu, c’est aussi là où se cachent des boutiques originales et féériques. Parmi elles, De Plume et d’Épée, une librairie qui va fêter son premier anniversaire.
Mais ce n’est pas n’importe quelle librairie…
Aujourd’hui dans mon Terrier, j’accueille Maxime, le maître des lieux.

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Qui se cache derrière « De Plume et d’Épée » ?
Un Gobelin caissier, un homme invisible, une plume ensablée… Mais surtout un amoureux des livres et des mondes imaginaires, suffisamment passionné (ou fou, selon le point de vue), pour ouvrir un commerce si spécialisé dans une petite ville médiévale.

Quel a été ton parcours d’études et professionnel jusqu’ici ?
Le parcours universitaire s’avéra une belle ligne droite à laquelle j’étais probablement prédestiné : après un BAC L, j’ai suivi une « Licence de Lettres Modernes » à Grenoble, complétée par une Licence Professionnelle « Métiers du livre, spécialité Librairie » à Mulhouse.
Le parcours professionnel, de son côté, a fait un petit détour qui garde pourtant une certaine pertinence : à la sortie de mes études, j’ai obtenu un poste de vendeur en librairie à Saint-Germain-en-Laye, dans une librairie spécialisée en Bandes Dessinées (à l’époque, en dehors de ma période de stage de fin d’études et des grands classiques de notre enfance à tous, je n’en avais encore jamais lu). Au bout de 3 années riches en apprentissages et belles rencontres, j’ai quitté ce poste pour partir aider à la création d’une boutique de vêtements japonais à Montréal. Une expérience fort intéressante, mais qui fut (pour des raisons personnelles) de courte durée. J’en ai retiré des informations utiles et la conviction encore accrue qu’il me fallait créer ma propre librairie des Imaginaires.

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Qu’est-ce qu’une « librairie des imaginaires » ?
C’est une librairie dédiée presque exclusivement aux genres Fantasy, Fantastique et Science-Fiction. C’est une librairie qui, une fois spécialisée sur ces thèmes, s’ouvre à différents supports : livres, Bandes Dessinées, jeux de société, expositions d’illustrations et ateliers-découverte de certains métiers d’artisanat cohérent avec l’Imaginaire.
Et pourquoi ce pluriel qui peut étonner ? Parce qu’en Imaginaire au moins autant qu’ailleurs, il n’y a pas qu’une seule façon de voir les choses, mais autant qu’il y a d’auteurs/autrices, créateurs/créatrices, et de personnes qui profitent de leurs créations.
C’est pour mettre en valeur cette diversité que j’ai intitulé ainsi la librairie. Sans auteurs ni lecteurs, nous libraires ne sommes rien.

Raconte-nous un peu comment tu es arrivé à l’idée d’ouvrir ce type de librairie.
Voilà une histoire qui nous ramène loin dans le passé… ^^ En tant que lecteur d’Imaginaire, j’ai toujours dû fouiller pour trouver les titres du genre, ou profiter des quelques nouveautés mises en avant dans les librairies généralistes ou grandes enseignes. Devenu adulte et apprenti libraire surtout, j’ai pris conscience que j’en avais assez de souvent trouver ces titres et auteurs cachés dans un recoin, derrière un poteau ou dans un sous-sol dont l’escalier ne révélait sa présence qu’au initiés et explorateurs avérés…
Nous avons tous besoin de rêver, de nous évader, et de nombreuses personnes talentueuses dans le genre méritent d’être mises en lumière auprès d’un plus large public.

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Décris-nous une journée type d’un libraire des imaginaires.
Probablement la même que celle d’un libraire généraliste : beaucoup de temps passé à la manutention (réceptions, rangement, etc.), à la gestion de paperasses et autres tâches administratives (je gère la librairie entièrement seul pour l’instant), à s’occuper de la communication de l’entreprise, tout en ayant le plaisir d’accueillir la clientèle (habitué(e)s et nouveaux/nouvelles débusqueurs/débusqueuses de mondes), de conseiller des lectures et jeux, de profiter moi-même de conseils de lecteurs/lectrices (si si, ça marche aussi dans ce sens…^^ Je suis avant tout lecteur, et ne trouve pas encore le temps de tout connaître, dans tous les domaines qui m’intéressent…), etc.

Quel est le souvenir le plus insolite de ta carrière de libraire ?
Question difficile, chaque jour ayant son lot de perles, mignonnes ou affligeantes, attendrissantes et énervantes, sympathiques ou franchement nulles (heureusement, chaque jour n’étant pas aussi chargé…).
Ce n’est peut-être pas vraiment « insolite », mais à choisir, j’irai vers cette phrase entendue à plusieurs reprises de la bouche d’enfants passant devant ma librairie des Imaginaires : « Maman, je peux aller dans les livres ? » Avec nos bases culturelles très cartésiennes, nous aurions tendance à corriger la phrase ; mais j’ai surtout envie de répondre : « Oui ! C’est exactement ça qu’il nous faut ! Voyageons DANS les livres ! » »

Quelle est ta relation avec les réseaux sociaux ? Est-ce qu’ils t’apportent une visibilité, une manière de communiquer différente de l’IRL, etc… ?
Pour l’instant, je n’ai pour la librairie que la page Facebook. Avec une communauté de presque 600 abonnés en moins d’un an, je dirai qu’effectivement, ça m’accorde une jolie visibilité. D’autant que cette communauté est active, réagit à mes posts, partage les informations. Grâce à cette page, j’ai même récemment des Nantais qui, de passage à Lyon, en ont profité pour passer découvrir la librairie, s’informer et acheter.
Étant désormais référencé sur le site lalibrairie.com (depuis quelques jours à peine), je verrai à l’usage si cela m’apporte une visibilité supplémentaire.
En tout cas, un grand merci à toi de contribuer au développement de cette visibilité par cette belle initiative.

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Souvenir de ma propre dédicace. ^^

Quel est le dernier film (ou dernière série) que tu as vu ?
Je suis actuellement en train de revoir « Smallville » (la jeunesse de Clark Kent, alias Superman ; et ce pour la énième fois), et suis en pause avec le « Trône de Fer ». Mais parmi les titres marquants, « Edmond » (sorti en salles fin 2018… déjà ???…), « La Folie des Grandeurs » et « Hibernatus » (reprogrammés à la télévision il y a quelques temps) tiennent une place particulière. »

Si tu pouvais aller prendre un café avec une personnalité illustre (vivante ou morte), qui choisirais-tu ?
Encore une question difficile, mais autant profiter d’un grand chocolat chaud, avec chantilly… Avec qui ? Dracula ? Bram Stoker ? Edmond Rostand ? Cyrano de Bergerac (les deux, l’auteur et le personnage) ? J.M. Barrie ? Christopher Lloyd et Mickael J. Fox ? Ce sont les premiers noms qui me viennent en tête ; la liste est longue, et il serait difficile de n’y choisir qu’un seul nom…
Mais j’ai aussi la chance, par mon métier, de partager régulièrement un repas, un café, une journée ou un weekend entier avec des auteurs/autrices bel et bien vivants, de découvrir l’envers de leurs décors, les arcanes de certaines créations, des bribes de leur quotidien, etc. Et c’est un superbe cadeau.

As-tu des projets (dédicaces, évènements) à venir que tu souhaites partager ?
Des projets… Oh que oui ! Mais ils resteront secrets pour l’instant…^^
Du côté des animations en librairie, elles sont nombreuses ; il sera plus simple de surveiller la page Facebook de la boutique, sur laquelle tout est relayé, en général une dizaine de jours avant la date de l’animation.

Mais une animation un peu atypique de cet été peut être évoquée ici : le 22 Août, la librairie (en partenariat avec Stéphane Olivier, conteur et écrivain local) vous convie au Ray Day 2020 : une journée entière consacrée à l’un des maîtres du genre, Ray Bradbury, qui aurait fêté son centenaire cet année. Pour l’occasion, seront de la partie : une mise en avant d’œuvres de ce grand nom de la SF, des lectures de nouvelles choisies, des discussions autour de sa vie et son Œuvre. De quoi occuper la journée et la soirée, pour une tranche d’âges de 12 à 999 ans (au moins).
Ce sera aussi l’occasion de présenter un membre de la nouvelle génération d’auteurs de SF, en la personne de Hadrien Sins, jeune auteur berjalien qui descendra spécialement de ses confins galactiques pour une journée épique de dédicaces (sa première en librairie, me semble-t-il).
Les ouvrages d’autres auteurs de SF seront aussi à l’honneur ce jour-là, comme par exemple « Nix Olympica » de Nicolas Beck.

N’hésitez pas à aller faire un tour au 4 rue de la Loi, 38460 Crémieu. 🙂 Et vous pouvez retrouver la librairie sur Facebook juste ici.

[À la découverte de] Mathieu Guibé, rockstar de l’Imaginaire

Figure emblématique du milieu littéraire de l’Imaginaire français, auteur aux tenues aussi déjantées que ses personnages sont torturés, Mathieu Guibé me fait l’honneur d’être l’invité du jour dans mon Terrier.

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Qui es-tu, Mathieu Guibé ?

Un enfant perdu.

Quel est ton meilleur souvenir d’auteur ?

Des nuits blanches, où mes persos m’ont pris par la main pour m’emmener là où je n’avais pas prévu.

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Comment écris-tu ? Quel est ton processus de création ? Est-ce que tu as déjà toutes les cartes en main avant de commencer à écrire ou suis-tu tes personnages sans savoir où ils te mèneront ? Comment te mets-tu en condition d’écriture ? Bref, dis-nous tout.

Alors j’ai des balises semés dans la trame narrative, des passages obligatoires où je dois passer, mais sinon entre, je brode. Pour me mettre en condition… Ben j’aimerais bien savoir en ce moment. En fait, il faut que je sois seul, ça aide beaucoup, un peu de grignotage bien fat (bonbons, chips et soda) et de la musique. Si possible la nuit, pour ne pas être dérangé.

Quel est le personnage que tu préfères dans tes romans ?

Tu as d’autres questions cruelles dans ce genre ? J’aime mes persos torturés :p (voilà, ça englobe du beau monde)

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Où puises-tu tes inspirations ?

Essentiellement dans la musique. Même si il y a aussi toutes les œuvres qui ont bercés ma jeunesse et mon adolescence. J’essaie juste de faire naitre des scènes sur les émotions procurées par une musique. Ça me vient toujours plus facilement comme ça. L’émotion d’abord, puis la scène qui la véhicule.

Quel est le dernier livre que tu as lu ? Et le dernier film vu ?

Le dernier film que j’ai vu, c’est Joker et le dernier livre c’est Belle de Gris, second tome des Sœurs Carmine d’Ariel Holzl

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Décris-nous une journée idéale.

Une journée où je n’ai pas à me dire « oups, j’ai oublié de faire ça », exemple « oups, j’ai oublié de répondre à l’interview d’Aurélie ».

Si tu pouvais aller prendre un café avec un auteur (vivant ou mort), qui choisirais-tu ?

Oscar Wilde.

Comment passes-tu de la casquette auteur à celle d’éditeur ?

Le cerveau humain est multitâche, on peut cuisiner et faire la vaisselle juste après sans problème.

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Pour finir, quels sont tes projets à venir ?

Repos pour les dédicaces, reprise en février (Atrebatia, Bruxelles, Paris, Grésimaginaire…). Donc préparer 2020 pour le Chat noir et finir Elvira Time 4 pour mes projets persos.

Vous pouvez retrouver Mathieu sur sa page facebook ou sur Instagram.